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Sport

Ce que Kobe Bryant m’a appris

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J’ai beaucoup hésité à parler de Kobe Bryant, mort dans un accident d’hélicoptère il y a un an. D’abord, je ne savais où commencer, tant les apprentissages à tirer de sa vie sont grands. Mais je vais essayer d’y aller simplement, sans le faire sous le filtre de ma propre culture ou spiritualité, de sorte que tous les lecteurs et lectrices puissent entendre ce que j’ai à dire.

Je veux toucher à ce que nous avons, tous et toutes, en commun, dans notre condition humaine.

Quand nous étions jeunes, au Sénégal, nous aimions Bob Marley. Cela suscitait la réprobation de certains, car Bob Marley n’avait pas les mêmes valeurs spirituelles que nous. Nous étions, en effet, bien loin de sa religion, et du mouvement rastafari. Mais ceux, parmi nous, qui en avaient le discernement, ont pu tirer de cette admiration des points positifs indéniables : apprendre une nouvelle langue (l’anglais), refuser la domination, et l’esclavage mental (« Emanticipate yourself from mental slavery »)…

J’ai ensuite grandi avec l’esprit et l’exemple de Kobe. Nous l’émulions tous, et il nous inspirait, de l’autre côté de l’Atlantique. En repensant à sa vie, je me dis qu’en général, c’est après leur carrière sportive professionnelle que les grands athlètes révèlent et exposent certains aspects de leur vie. Par contre, pour lui, je sais juste que sa vie a connu un tournant, sous l’aile de Phil Jackson, The Zen Master, le mentor de Michael Jordan. Star à 16 ans, Bryant avait de quoi prendre la grosse tête, et était bien difficile à gérer. Phil Jackson l’a aidé à se recentrer et à s’assagir.

Je suis aujourd’hui romancier et chargé de cours en linguistique, éducation et analyse du discours à l’Université Bishop et à l’Université de Sherbrooke. Je suis spécialiste en sciences du langage. Je garde toujours en tête la détermination de Kobe Bryant, l’homme et l’athlète, cinq fois champion de la NBA et deux fois médaillé d’or olympique.

Le basket-ball comme métaphore

Le basket-ball a toujours été mon sport préféré, à regarder comme à pratiquer. Ce jeu correspondait à ma sensibilité d’artiste. Le basket-ball est un art en mouvement, dans le style, l’habillement, l’expression du corps, le shoot, la forme du poignet après le shoot, l’harmonie musculaire… Un équilibre entre la force et la finesse. La force, pour se libérer des contraintes de l’adversaire ; la finesse au lancer de la balle ; l’abandon et l’espoir quand la balle flotte et vrille dans l’air vers le panier. Une belle leçon de force, et d’équilibre. Une leçon pour tout humain : riches, pauvres, chanteurs, politiciens, techniciens, scientifiques… L’expérience peut être différente. Mais l’essence reste la même.

Par la suite, dans ma vie, j’ai revu mes priorités. Ma vision du monde a considérablement changé. J’ai dû abandonner beaucoup de choses… Et du basket-ball, j’en ai gardé le côté divertissement. Je suis les matchs, de temps en temps, pour décompresser. Mais j’ai conservé la motivation, une motivation assez forte pour mettre un équipement, attacher mes chaussures, et aller sur un terrain, se dégourdir le corps. Comme dit Robert Jones, maître en art martial et préparateur mental, « Train the mind and the body will follow ». Le corps a besoin de l’esprit, et l’esprit a besoin du corps, une interdépendance fondamentale.

La mentalité du Mamba

De Kobe Bryant, le Mamba noir, comme on le surnommait, j’ai toujours admiré le souci du détail, l’envie du dépassement, le sens de l’observation, la culture de l’excellence, le refus de la tricherie. L’humain est une source de potentialité inouïe. Il avait cultivé, à son paroxysme son « Drum Major Instinct », cette flamme que chaque humain abrite dans le ventre, et que Martin Luther King jr. appelait à canaliser, afin qu’elle nous éclaire et nous serve, à la place de nous consumer…

Kobe Bryant au sommet de son art, lors d’une partie des Lakers contre les Indiana Pacers, à Los Angeles, le 4 janvier 2015. AP Photo/Mark J. Terrill

Alors qu’il était encore une recrue chez les Bobcats de Charlotte, en 2009, Kobe Bryant a dit aux techniciens, avant un match, qu’un des paniers n’était pas au point. Les officiels étaient formels. Les paniers avaient été vérifiés, comme avant chaque début de match, selon le protocole établi. De plus dans la NBA, les panneaux étaient dans une condition infaillible depuis qu’un géant nommé Shaq (Shaquille O’Neal) s’est amusé à les démolir, en s’accrochant dessus. Devant son insistance, les officiels se sont résolus à refaire le contrôle. Le panier était effectivement de travers, de quelques millimètres.

Cette acuité de l’observation et de l’analyse est, au final, le propre de l’humain. Chacun de nous l’a. Et il lui appartient de la raffiner, de la nourrir et de l’entretenir dans son domaine de prédilection.

Maintenant, la question est : dans quelle direction exercer cette perspective, où dépenser cette formidable énergie ? Dans quel but ? Être intransigeant dans l’exercice de ses activités, autant que dans le choix du ou de ses champs d’activités. Et faire preuve de constance, surtout, pour ne pas (s’) oublier. Parlant de la condition humaine, l’oubli est un fait si inhérent à notre déterminisme, car il nous aide à ne pas saturer, que dans la littérature orientale, l’humain est appelé « l’oublieux ».

Un homme rend hommage à Kobe Bryant et à sa fille Gianna, devant une peinture murale de l’artiste Louie Sloe Palsino, le 26 janvier 2021, à Los Angeles, un an après leur mort dans un accident d’hélicoptère. AP Photo/Jae C. Hong

Juste après la fin d’une carrière exceptionnelle, alors qu’il s’apprêtait à relâcher, élargir ses horizons et parfaire la préparation de sa fille, basketteuse, il meurt, avec celle-ci, dans un accident d’hélicoptère, le 26 janvier 2020, à Calabasas, en Californie.

L’idée de la mort semble être un sujet démodé, réservé aux vieux philosophes du passé : Sophocle, Kant, Ésope… « Et pourtant », comme aurait pu dire l’illustre Galileo Galilei. Elle, la mort, est encore bien jeune, et vivante. Doit-on arrêter de se poser une question (celle de la vie, de la mort) si la réponse à cette question est nécessairement insatisfaisante ?

Dalla Malé Fofana, Chargé de cours , Linguistique, Sciences du langage et Communication, Bishop’s University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Société

« Les Kenyans sont faits pour la course » … et autres idées reçues sur les Noirs et le sport

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Le milieu ne détermine pas uniquement la manière d’être ou de faire de l’humain. Il modèle également ses attributs physiques. Avez-vous remarqué les doigts fins et effilés du pianiste ? La musculature harmonieuse du gymnaste artistique ? Les épaules et les mollets du basketteur ? L’activité pratiquée nous formate à son tour.

C’est quand j’ai pris connaissance du Commerce des esclaves, à l’école, au Sénégal, que j’ai commencé à m’intéresser à la question raciale. Ses effets se font encore sentir aujourd’hui, comme un cancer incurable. Au-delà des innombrables victimes, les Noirs eux-mêmes se sont mis à croire qu’ils sont inférieurs. Ce complexe d’infériorité est à l’origine de nombreux combats menés encore aujourd’hui par des intellectuels noirs.

Cette supercherie qui a servi à l’exploitation de l’homme par l’homme m’a toujours habité et révolté. Ce n’est que 30 ans plus tard que j’ai accepté d’écrire à ce propos dans la revue Humanities, pour parler de mes hantises. Spécialiste en sciences du langage, mes recherches sont orientées vers la didactique, la linguistique comparative, l’analyse du discours et la communication.

Les Noirs ont-ils le basketball dans le sang ?

Si les quartiers noirs regorgent de virtuoses du basketball, c’est parce que ce sont les exemples de succès dans ce domaine qui leur sont présentés comme modèles de réussite. Or si le basketball est si « Noir », que faire de l’excellent Jason Williams, surnommé White Chocolate ? Meneur de jeu dans la NBA de 1998 à 2011, cet excellent passeur s’approprie avec brio un style de jeu dit « playgroung » typique des ghettos. On dira « il joue comme un Noir, mais il est Blanc ».

Vous n’aimez pas le style fantaisiste ? Allons vers le plus « classique », l’approche épurée, et terriblement efficace, de Larry Bird, Jerry West ou encore Steve Nash tous des Blancs et maîtres des fondamentaux du jeu. Le basketball n’est pas une question de couleur de peau. Ces joueurs ont simplement grandi dans un environnement propice.

Mais les stéréotypes ont la peau dure. Ils résistent et persistent malgré tout. Le film culte White men can’t jump, en 1992, n’a pas pu changer grand-chose. Il relate l’histoire d’un ancien basketteur professionnel blanc qui se fait une fortune en misant et en défiant des joueurs de rue noirs qui se surestiment et dévaluent les compétences des individus blancs, du simple fait de leur couleur de peau.

Non, les Noirs ne sont pas « nés pour courir »

La course n’est pas la chasse gardée des athlètes noirs. Que ce soit pour la vitesse ou l’endurance, les populations issues de milieux défavorisés (généralement noire) y ont du succès simplement parce que c’est accessible (il suffit d’avoir une bonne paire de jambes). Prenons le cas du soccer comparé à l’escrime. Dans les plaines africaines ou les villes sud-américaines, pour jouer au soccer, il suffit de morceaux de tissus enroulés (le ballon) et de quatre morceaux de bois qui servent de poteaux pour les buts. Pour l’escrime, au-delà de l’idée élitiste qui lui est attribuée (les mousquetaires), ce sport requiert un équipement qui n’est pas accessible aux populations à faible revenu.

Il n’existe pas de prédisposition chez le Noir pour le sprint, ou pour la course d’endurance. Il est faux de dire que les Kenyans, par exemple, sont nés pour faire le marathon. Des études montrent que l’altitude et la rareté de l’oxygène des plateaux de l’Afrique de l’Est entraînent leurs poumons à se suffire de moins d’air. Par conséquent, lors des compétitions dans les plus basses altitudes (le reste du monde), ils sont avantagés.

La science a clarifié bien des choses, mais elle a aussi contribué à colporter des mensonges. Rappelons que Hitler avait quelques théories construites de toutes pièces pour valider ses idéologies racistes. Ces théories (la race aryenne, de type nordique, est au sommet de la pyramide humaine. Les Noirs ne figurent même pas dans cette échelle de hiérarchie) se sont effondrées comme un château de cartes lors des Jeux olympiques de Berlin de 1936 avec les quatre médailles d’or de l’athlète noir Jesse Owens. Contrarié, Hitler a quitté le stade pour ne pas serrer la main de cet individu noir discriminé dans son propre pays, les États-Unis.

Mais même en 2003, des scientifiques ont voulu faire croire que les Noirs avaient un « gène du sprint » qui les aidait à mieux tenir la vitesse !

La logique derrière ces stéréotypes est que si un Noir réussit, c’est qu’il a une prédisposition physique, et si un Blanc réussit, c’est le fruit de son dur travail.

Les sœurs Serena et Venus Williams ne sont pas devenues championnes de tennis par hasard. Ce sont les résultats d’années de discipline et de travail acharné. Sur cette photo, elles jouent leur dernier double lors de l’ouverture du US Open, le 14 septembre 2009 à New York. Shutterstock

Le secret ? L’entraînement

Pensez-vous que l’olympien Haile Gebreselassie soit devenu champion de longues distances par la grâce biologique ? Il faisait plus de 10 kilomètres au pas de course durant son enfance, les jours d’école, pieds nus, en Éthiopie, avec le facteur de la rareté de l’oxygène. Cette pratique est d’ailleurs devenue une tradition dans cette partie du monde pour les sportifs qui rêvent de succès.

Demandez aux sœurs Williams comment elles ont dû travailler pour devenir ce qu’elles sont ? Et avez-vous pu observer le programme de conditionnement physique de Lebron James ? Demandez aussi à Ervin Johnson comment il a fait pour mériter le surnom de Magic ? Allez voir comment Sharp Shooter, (Ray Allen), s’y est pris pour révolutionner le tir à 3 points en basketball ?

Le fait est qu’une frange de la population défavorisée et noire, du fait d’une propagande historique, est cantonnée au sport (ou à la musique). Et ils se battent bec et ongles pour réussir. D’où un investissement colossal. C’est une question de mentalité, sur les plans gouvernemental ou personnel. Le Kenya et la Jamaïque en ont fait une politique nationale. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ces investissements doivent être élargis à d’autres sphères d’activité.

Des sports de Blancs ?

Certains sports requièrent plus de moyens, et offrent peu de modèles aux franges plus défavorisées, qui se trouvent souvent à être noires. Voilà comment s’opère la sélection.

Que faire de Tiger Wood, si le golf était un sport de Blancs ? Et le tennis ? S’il était si blanc, il n’y aurait sûrement pas eu Gabriel Monfils, Yannick Noah et, avant eux, le légendaire Arthur Ashe.

Si le patinage ne pouvait être noir, où placer l’étoile Surya Bonaly ? Si le hockey était blanc, que faire de Pernell Karl Subban ? Tout cela n’a rien de biologique. C’est un contexte économique favorable, doublé d’une croyance sociale bien acquise et assise, qui explique leurs succès.

Le bagage génétique des Afro-Américains

Et si certains persistent à propos des qualités athlétiques des Noirs des États-Unis, concédons-leur que cela aurait pu avoir quelques origines génétiques. Leurs ancêtres, vendus comme esclaves, étaient choisis selon une minutieuse sélection pour leurs atouts physiques.

Si cette réflexion est plausible, elle reste à prouver. Notez que dans le basketball, moins de trois joueurs sur 1000 se rendent jusqu’à la NBA. Le plus haut taux de participation de Noirs dans le circuit a été durant la saison 94-95, avec 72 % d’athlètes noirs. Autrement dit, il y en avait bien 28 % non issus de la communauté noire.

Par ailleurs, les joueurs professionnels noirs qui arrivent à entretenir leur fortune après leur carrière sont peu nombreux. Les sportifs qui négligent les études pour se jeter corps et âme dans le sport voient leurs gains (non investis adéquatement) brûler comme un feu de paille. Plus de 60 % des joueurs NBA déclarent faillite moins de 5 ans après leur retraite. C’est la différence entre Shaquille O’Neal et Allen Iverson. Le premier a tenu à finir ses études universitaires (PhD), et est chef de plusieurs entreprises. Le second qui a cumulé des gains de plus de 200 millions $ dans le courant de sa carrière, a dû être mis sous restriction bancaire après avoir dilapidé la majeure partie de sa fortune avant la fin de sa carrière.

Aucun groupe social ne doit ni ne peut se payer le luxe de ne pas s’éduquer. Cela vous rattrapera tôt ou tard, comme un boomerang.

Ma fille et mon fils, depuis l’âge de cinq ans, ne voient pas du « blanc » et du « noir ». Pour eux, il y a des gens beiges et des gens bruns. Ils refusent de rentrer dans le moule de la stéréotypie et des extrêmes. D’ailleurs, en art plastique, le noir et le blanc ne sont pas des couleurs, mais des valeurs ! Qu’en sera-t-il demain ?

Dalla Malé Fofana, Chargé de cours , Linguistique, Sciences du langage et Communication, Bishop’s University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Sport

Wakanda forever: Serana is Baaaack! Dans une combinaison de Dora milaje

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Serena Williams, l’une des plus grandes athlètes de la planète, a récemment opéré à un retour en force sur les terres battues après un accouchement difficile de sa petite fille Olympia. Serena Williams a battu la Tchèque Kristyna Pliskova en deux sets (7-6, 6-4), mardi 29 mai, au premier tour de Roland-Garros. Outre ses performances, un autre détail a attiré l’attention et fait couler de l’encre avec parfois, des commentaires déplaisants et sexistes: la tenue de l’athlète. Le choix de cette tenue, inédite pour une tenniswoman, n’est pas uniquement esthétique.

Victime d’une embolie pulmonaire (un caillot de sang dans les poumons) après son accouchement, Serena Williams est restée éloignée des courts durant 14 mois. Cette combinaison l’aide à éviter de nouveaux problèmes circulatoires.

Mais, s’habiller tout en noir, et aussi près du corps, est également une façon, selon la joueuse, « de représenter toutes les femmes qui ont dû traverser des épreuves, mentalement et physiquement avec leurs corps, et qui reviennent, confiantes et croyant en elles-mêmes. »  Mais la combinaison revête aussi une toute autre dimension politique: le choix de la couleur et du design est en effet  « inspiré du Wakanda », pays fictif du film Black Panther. « On a créé la combinaison bien avant le film, mais ça me le rappelle un petit peu quand même », énonce l’athlète. « J’ai toujours voulu être une super-héroïne et c’est un peu une manière d’en devenir une. J’ai vraiment l’impression d’être une super-héroïne quand je la porte », a-t-elle dit en rigolant.

Serena Williams (Getty Images)

Elle ajoute également qu’elle aurait voulu être « une princesse guerrière » ou « une reine du Wakanda ».  

Dans une interview à Vogue précédant son retour, l’athlète évoquait déjà les perspectives d’avenir quant à sa carrière sportive: « Le tennis m’a beaucoup donné, mais ma priorité désormais est Olympia, peu importe ce qu’il arrive »,avant dajouter :

« Cela va sans dire, mais je vais quand même le dire clairement : je veux davantage de [tournois du] Grands Chelems, absolument. Malheureusement, je connais très bien les records. Ce n’est un secret pour personne, mon objectif est d’en avoir 25. »

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