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Société

« Ma mère ne savait pas s’occuper de mes cheveux » : la question de l’identité dans les familles mixtes

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Le corps et plus encore la coiffure des plus jeunes sont sources de questionnements identitaires au sein de nombreuses familles mixtes. Pxhere, CC BY-SA

Dimanche, fin de matinée. La fin du mois de février approche et j’ai rendez-vous chez Solkem B. et Thierry F*., pour mener l’un des 91 entretiens réalisés dans le cadre de mon travail de thèse.

Solkem, 40 ans, est contrôleuse de gestion. Née au Tchad de parents tchadiens qui ont émigré en France, elle a grandi dans une ville populaire de la petite couronne. Thierry, 47 ans, ingénieur, vient quant à lui « du fin fond de l’Auvergne », d’une ville moyenne où résident toujours ses parents (qui n’ont pas d’ascendance migratoire connue et appartiennent à la population majoritaire blanche) et où « il n’y a pas beaucoup de noirs ». Le couple a deux enfants, Alexandra et Sean, de 11 et 9 ans respectivement.

La famille habite une zone pavillonnaire d’une ville moyenne de la grande banlieue francilienne. Lorsque j’arrive, l’atmosphère est détendue : la télévision est allumée sur un programme de dessins animés, Thierry est installé dans un fauteuil et lit le journal tandis que sa compagne est occupée à tresser les cheveux de leur fille Alexandra et que Sean joue à l’étage.

Les cheveux d’Alexandra, très frisés, lui tombent jusqu’en bas du dos. Pendant toute la durée de l’entretien, Solkem démêle, peigne et tresse les cheveux de sa fille, d’un geste à la fois machinal et précis qui signale la grande habitude.

Elle me précise qu’elle commence généralement à coiffer sa fille tôt dans la matinée le dimanche, pour avoir le temps de finir les tresses avant l’heure du coucher. En grandissant, Alexandra a aussi pris le coup de main : pour aller plus vite, sa mère s’occupe du départ des tresses en haut du crâne et, arrivées à hauteur de la mâchoire, c’est Alexandra qui prend le relais et finit la tresse.

Pendant de longues heures le dimanche, mère et fille partagent ce moment, comme Solkem le faisait avec sa mère et sa sœur lorsqu’elle était jeune.

« On était trois filles, donc ma mère, ma sœur et moi, on s’est toujours tressées entre nous, moi je n’ai jamais mis un pied chez un coiffeur », m’explique-t-elle en riant.

Si elle « met un point d’honneur à transmettre » le soin des cheveux et de la peau (« Crème, crème, crème ! Tu ne peux pas sortir de la douche sans te crémer […] ça c’est ma lutte ! ») à ses enfants, c’est que pour elle :

« C’est une vraie question, c’est un vrai enjeu, c’est une vraie différence […] et du coup faut que ce soit bien fait. »

Les cheveux, puissant marqueur racial

Le soin du cheveu et les différents styles de coiffures propres aux cheveux afros ont été diversement investis de significations culturelles et politiques au cours de l’histoire, se révélant centraux dans la formation des identités noires – féminines en particulier.

Les cheveux cristallisent les imaginaires coloniaux, les enjeux de hiérarchisation coloriste des féminités désirables (plus on est claire et plus les cheveux sont lisses, mieux c’est) et, par conséquent, les enjeux de lutte et de résistance aux normes de beauté hégémoniques.

Ils sont ainsi un puissant marqueur racial. Dès lors, selon la chercheuse Suki Ali :

« Les cheveux ne concernent pas seulement l’apparence ; il s’agit de valeurs, de filiation et de culture. »

En cela, il n’est pas étonnant qu’ils puissent être investis par les parents de fortes significations et que leur soin soit un enjeu de la socialisation des enfants.

Des pratiques quotidiennes racialisées

En ce sens, les interactions ayant trait au soin du cheveu et à la coiffure représentent en effet des instances privilégiées pour l’étude de la socialisation raciale, y compris dans ses dimensions émotionnelles et psychologiques, dans la mesure où l’expérience du coiffage contribue au développement de la personnalité, mais aussi du genre, de l’identité raciale et de l’estime de soi de l’enfant coiffé.

La transmission des savoirs en ce qui concerne le soin des cheveux, et du corps en général, fait ainsi partie des pratiques quotidiennes qui peuvent se voir racialisées, dès lors qu’elles touchent aux marqueurs mêmes d’une racialisation qui reste encore largement incorporée – c’est-à-dire littéralement inscrite dans les corps.

Dans cette perspective, si, pour Solkem B., le coiffage fait partie des savoirs multigénérationnels qu’elle a elle-même hérités d’une pratique familiale et qu’elle transmet spontanément à sa fille, il en va souvent différemment dans les cas où les mères – à qui incombent encore très largement le soin des enfants et les diverses tâches du care familial – élèvent des enfants avec qui elles ne partagent pas le même statut racialisé.

Dans un contexte où les pratiques du soin sont fortement racialisées, la mixité intrafamiliale vient potentiellement complexifier – sinon perturber – l’évidence de la transmission.

Des réseaux autonomes d’échanges et de savoir-faire

Au sujet du soin de la peau et des cheveux, on trouve ainsi en ligne profusion de forums, blogs ou sites Internet tenus par des mères blanches d’enfants issus d’unions mixtes, qui s’échangent conseils et techniques.

Site MagicMaman. Author provided

Chose intéressante, ces pratiques de partage et d’échange entre mère d’enfants « métis » semblent se dérouler de manière relativement autonome vis-à-vis de la profusion de ressources et d’espaces d’échanges virtuels au sujet des cheveux de manière générale : les mères blanches en couple mixte développent ainsi leurs propres espaces, voire leur propre expertise.

Elles rejoignent ici les mères blanches adoptives d’enfants non blancs, qui ont une pratique similaire en termes de développement de contenus numériques spécifiques, y compris sur les questions de coiffure et de soin.

On peut proposer plusieurs hypothèses pour expliquer le fait que des réseaux autonomes se développent, alors qu’existent déjà de très nombreuses sources disponibles sur le sujet, initiées et alimentées par des femmes afrodescendantes elles-mêmes.

La transmission des savoirs en ce qui concerne le soin des cheveux, et du corps en général, fait partie des pratiques quotidiennes qui peuvent se voir racialisées. Pxhere, CC BY

On peut d’abord supposer que les ressources et tutoriels disponibles, parce qu’ils sont le plus souvent pensés à la première personne, supposent une base minimale de familiarité avec les cheveux texturés que n’ont pas les personnes de la population majoritaire, ce qui suppose ainsi pour elles un coût d’apprentissage trop élevé.

Une autre hypothèse permettrait d’expliquer une possible non-attractivité des sites et contenus développés par les femmes afrodescendantes pour le public des mères blanches en couple mixte ou des mères blanches adoptives, en raison d’écart dans les dispositions et/ou références culturelles mobilisables.

On peut aussi imaginer, enfin, qu’il s’agit là d’une pratique distinctive, au sens bourdieusien du terme, qui relève à la fois de logiques de classe et de racialisation, les mères blanches développant ainsi leur propre contenu, selon leurs codes et leurs références (qui sont inévitablement dépendants de leurs propres positions de classe et de race dans l’espace social).

La répartition très genrée des pratiques du soin dans l’ensemble de la population impliquant que c’est presque toujours aux mères qu’incombe le soin des cheveux, quelles que soient leurs compétences en la matière, cette tâche est donc très rarement prise en charge par les pères dans les couples mixtes, quand bien même ils sont le parent racialement minoritaire, certainement plus à même d’assurer cette transmission.

La mère « agent socialisateur »

C’est ce qu’explique Solkem B. en entretien, selon qui le genre du parent minoritaire dans le couple mixte influence grandement le contenu des transmissions effectuées, notamment au sujet du soin. Pour elle, « quand la maman est blanche […] y’a une transmission qui est différente ». Ses propos mettent ainsi en lumière la manière dont genre et racialisation s’articulent de manière complexe dans les couples mixtes.

Pour elle, qui tient à ce que sa fille garde ses cheveux naturels et ne les défrise pas, l’identité raciale de la mère au sein des couples mixtes et les compétences particulières qu’elle y associe risquent d’influencer le rapport des enfants à leurs cheveux, voire plus généralement à leur propre identité raciale.

D’ailleurs, Solkem évoque aussi en entretien le rôle que sa propre mère joue auprès de sa fille, en tant que figure de référence participant aussi à sa socialisation. En riant, elle me dit par exemple, au sujet des jouets que la grand-mère offre à Alexandra :

« Mais ma mère c’est inconcevable qu’elle achète une poupée blanche à sa petite-fille. Donc ses poupées sont… […] il fallait qu’elle ait des poupées noires, de toute façon. »

Plusieurs travaux ont montré, en sociologie, l’importance des jouets dans les socialisations de classe et de genre.

Pourpée marque Corolle
Les jouets façonnent les représentations enfantines. Poupée « frisée » Pauline, de la marque Corolle. Corolle

Au sujet des poupées en particulier a par exemple été soulignée la manière dont elles jouent un rôle central dans l’incorporation du féminin chez les petites filles.

Toutefois, dans ces travaux, la dimension raciale des poupées est laissée de côté. Pourtant, si les poupées façonnent un modèle normé de féminité et l’intériorisation de normes esthétiques particulières, cela se fait aussi toujours de manière racialisée – que la poupée soit blanche ou non.

En cela, les jouets et la manière dont ils façonnent les représentations enfantines et leur intériorisation des rôles sociaux participent d’une socialisation qui s’opère elle-même selon des lignes racialisées.

Dans le court-métrage d’animation américain Hair Love, cette transmission par la mère est mise en question à travers l’investissement tardif d’un père qui comprend qu’il ne sait pas comment s’y prendre avec les cheveux de sa fille. https://www.youtube.com/embed/kNw8V_Fkw28?wmode=transparent&start=0

« T’as des cheveux de Noire, arrête avec L’Oréal »

Si la problématique des cheveux et du soin des peaux métissées s’est révélée fréquente dans les entretiens avec des couples mixtes qui impliquaient un parent racialisé comme noir, elle concernait aussi d’autres mixités.

Par exemple, Lilya T., 26 ans, issu d’un couple mixte franco-algérien, raconte une expérience de socialisation qui fait directement écho aux propos de Solkem. Lilya a des cheveux frisés très longs et volumineux, d’une couleur naturellement blond-doré. En entretien, elle confie que cette coiffure est toutefois relativement récente :

« Je n’ai pas toujours eu ces cheveux-là. Ben, le truc à la con : ma mère est blanche avec des cheveux de blancs, mon père c’était un garçon donc il ne va pas s’occuper d’une petite fille, ça lui est déjà arrivé de me faire des tresses mais… Tu vois, par exemple, ma mère elle ne savait pas s’occuper de mes cheveux, et des trucs à la con, moi j’ai toujours tourné au L’Oréal, nanana, jusqu’au jour où je suis arrivée chez une coiffeuse… Mais j’avais quasiment 20 ans ! La meuf m’a regardée et m’a dit : “Mais tu mets quoi dans tes cheveux ?” Et c’était une tismé tu vois. “Mais tu mets quoi dans tes cheveux ?” “Ben ça, ça, ça, ça.” “Mais t’as pas compris, ma chérie. T’es de quelle origine ?” Elle, elle m’a posé la question direct. “Ouais, voilà, t’as des cheveux de noire, arrête, arrête avec L’Oréal, toi il te faut du karité, quoi.” Et voilà, c’est le genre de trucs où ma mère, voilà quoi… »

En l’absence d’une transmission adéquate de la part de sa mère, la capacité de Lilya à connaître et à prendre soin de ses propres cheveux a été tardive et il a fallu qu’une coiffeuse, elle-même issue d’un couple mixte, assure l’apprentissage qui ne lui a pas été légué.

Notons toutefois que, dans les couples mixtes, au contraire des familles adoptives par exemple, la famille élargie peut constituer un espace de ressources. Certaines mères rencontrées racontent par exemple pouvoir compter sur l’entourage ou la belle-famille pour tresser leurs filles, même si elles-mêmes ne savent pas le faire.

Un père coiffant son enfant. Photo d’illustration.
La socialisation raciale est influencée par le genre et la position raciale des parents (ou autres figures de référence). Photo d’illustration. pexels, CC BY

Il y a aussi des exceptions : Marwan K., l’un des parents interrogés (50 ans, enseignant, né en France de parents algériens), raconte en entretien que son fils, victime de racisme à cause de ses cheveux très bouclés, a eu longtemps du mal à les assumer.

Marwan dit avoir alors demandé à l’une de ses amies de lui donner des ressources sur le soin du cheveu et sa dimension politique pour les transmettre à son fils :

« Elle m’avait passé à la fois cette documentation politique, et en même temps plein de trucs bios, pour ses cheveux, enfin une sorte de valorisation du cheveu bouclé. »

Mais la transmission père/fils, si elle trouble en partie le rapport genré dominant mis au jour en ce qui concerne les pratiques du soin, passe néanmoins une nouvelle fois par l’intermédiaire d’une figure féminine.

Intimités de genre, de race, de classe

Les pratiques de socialisation raciale qui prennent place dans les familles sont ainsi genrées à un double niveau. Elles le sont dans un premier temps dans la mesure où l’éducation et le soin apportés aux enfants, qui participent de cette socialisation, sont très largement dévolus aux mères.

Mais elles le sont également en ce qu’elles se révèlent, en particulier dans les attentions au soin détaillées ici, intimement liées à la construction d’un sens de la féminité et de la masculinité. En cela, les pratiques de socialisation raciale participent également d’une socialisation de genre.

Il est évidemment symptomatique que ce soient les cheveux des filles qui cristallisent de nombreux enjeux et que c’est à elles que l’on considère le plus essentiel de transmettre certains éléments du soin de soi.

La socialisation raciale est donc influencée par le genre et la position raciale des parents (ou autres figures de référence), et elle opère également différemment selon le genre des socialisés, c’est-à-dire ici, selon que l’enfant est une fille ou un garçon. En retour, cela rend donc visible que les socialisations de genre sont toujours racialisées : le sens de la masculinité et de la féminité se construit en contexte, c’est-à-dire à partir de référents particuliers qui sont eux-mêmes racialisés – et classés.

À ce titre, les processus de socialisation travaillent à façonner les corps – et les façonnent tout à la fois comme corps genrés, racialisés et classés.

Dans le cas des couples mixtes, dans lesquels parents et enfants ne partagent pas la même position racialisée, le genre du parent non blanc risque d’influencer à la fois la manière dont les transmissions s’opèrent ou non et le contenu même des socialisations.

Pour les filles comme pour les garçons, il est ainsi probable que grandir et construire un sens de sa propre féminité ou sa propre masculinité selon que c’est le père ou la mère qui est racialement minoritaire ne produisent pas les mêmes effets dans la formation d’un sens de soi à la fois genré et racialisé.


* tous les prénoms et noms ont été modifiés pour conserver l’anonymat des personnes.

Solène Brun, Sociologue, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Pourquoi l’amour noir est important pour moi

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Avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler de mes expériences et des expériences d’autres personnes autour de moi dans le domaine de l’amour noir. Il est important de faire une mise en garde.

Je n’essaie en aucun cas de dénigrer les couples mixtes, les couples qui ne sont pas noirs ou quoi que ce soit de ce genre. Il est important de savoir que l’amour est l’amour, peu importe la personne que vous choisissez d’aimer et peu importe sa couleur, sa race ou sa forme. Ce billet a pour but d’informer sur le concept des inégalités de l’amour noir et sur la façon dont il a été historiquement discriminé dans de nombreux domaines de la vie par le racisme et le colorisme qui nous affectent encore aujourd’hui. Mon point de vue porte principalement sur celui des femmes noires, car je suis une femme noire et j’ai dû faire face à de nombreuses situations. On dit que les expériences façonnent l’homme et la femme. Je crois qu’avant toute chose, nous devrions encourager l’amour noir et non le faire respecter.

1. Pour la transmission de la culture

L’une des principales raisons pour lesquelles l’amour noir est important est sa capacité à transmettre la culture et les traditions. L’une des choses les plus importantes que je regrette ou que j’aurais aimé qu’on m’enseigne dans mon enfance est ma langue maternelle. Mes parents sont originaires du Sénégal, mais je me suis aussi sentie un peu déconnectée de cette culture parce que je suis incapable de parler le Wolof, leur langue maternelle. À bien des égards, j’ai l’impression que, parce que je ne connais pas la langue, j’ai moins de chances d’être avec quelqu’un qui la parle ; dans un effort pour repousser d’une certaine manière la honte que je ressens et, à bien des égards, j’ai l’impression que cela façonne et influence inconsciemment la façon dont je choisis de sortir avec quelqu’un et la façon dont je vois l’amour noir. Pour les gens comme moi, ceux qui ne parlent pas leur langue ou ceux qui ne se sentent pas très liés à leur culture pour une raison ou une autre, il est important de transmettre ce que l’on sait, qu’il s’agisse de recettes, de vêtements ou de la langue. Ce sens du nationalisme, ce sens de l’individualisme, cette négritude que nous avons tous est idéalement unique et doit être partagée. Souvent, notre culture est blanchie et changée dans un effort pour être assimilée à la culture française. Cette croyance que nous devrions tout perdre dans un effort pour devenir de vrais français est quelque chose qui devrait être combattu. Parce qu’en partageant les histoires d’amour entre Noirs, nous contribuons à créer un changement dans la façon dont nous sommes dépeints et compris par le monde.

2. Des espaces de rencontre pour les femmes noires

L’amour noir est essentiel aujourd’hui plus que jamais car nous sommes à une époque où le colorisme et les tensions liées au racisme sont dans tous les esprits. Le fait est que dans la société occidentale dans laquelle nous vivons, les femmes noires ne sont pas désirables. Il ne s’agit pas d’une question d’opinion, de jalousie ou de dépit, mais de statistiques et de faits. OkCupid, une application de rencontre populaire, a mené une étude sur les préférences et l’historique de ses utilisateurs et a découvert que les femmes noires étaient les moins désirables parmi toutes les ethnies et races. Cela signifie qu’elles (les femmes noires) ont reçu le moins de swipes que toute autre race. En tant que femme à la peau foncée, je souffre d’entendre d’autres personnes ou hommes noirs insulter des femmes qui ont la même couleur de peau qu’eux. Perpétuer un récit de haine de soi basé sur la croyance que la peau claire est meilleure. Être victime d’une pléthore de stéréotypes faux et durs selon lesquels les femmes noires sont masculines, laides et bruyantes. Lorsque nous plaçons l’amour noir en premier, lorsque nous plaçons le véritable amour noir au-dessus de tout, nous ouvrons les yeux sur le fait que nous sommes tous des personnes et que personne ne devrait haïr quelqu’un uniquement à cause de la couleur de sa peau.

3. La longévité


La dernière raison pour laquelle nous devrions promouvoir l’amour noir est la longévité à . Selon l’enquête 2018 de Motherly Study of Motherhood,  » les mères noires sont quatre fois plus susceptibles d’être célibataires et d’être le soutien de famille de leur foyer.  » Je pense que c’est mon point le plus important avant tout. En prenant les mesures et les procédures pour encourager l’amour noir, nous l’aidons à survivre à long terme. Lorsque vous brisez une famille, dans la plupart des cas, vous introduisez la pauvreté, vous introduisez la lutte, vous introduisez la douleur, et en encourageant l’amour noir et en encourageant les relations de travail, nous créons une nouvelle perspective pour nous-mêmes.

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Société

Interdiction des statistiques ethniques en France : un frein à la dénonciation collective des discriminations raciales ?

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Elodie Druez, Université de Strasbourg

France Inter a récemment révélé le résultat d’un « testing » réalisé par l’association SOS Racisme auprès d’un panel de 69 agences d’intérim franciliennes dans le domaine du BTP : 45 % d’entre elles acceptent ainsi de discriminer les travailleurs étrangers ou de « type non européen ». Si cette enquête contribue à évaluer l’ampleur des discriminations raciales en France, leur mesure reste encore un sujet tabou dans les débats publics, malgré la multiplication des études visant à quantifier les discriminations au cours de ces dernières années.

Interroger le cas français à l’aune de son voisin britannique

En effet, l’État français, marqué par sa tradition républicaine et assimilationniste, récuse la prise en compte des spécificités individuelles et se présente, en principe, comme aveugle à la race (comme construction sociale, au sens sociologique du terme).

Une telle approche interroge. En quoi ce principe « d’indifférence aux différences » influe sur la façon dont les premiers concernés perçoivent et mettent en récit ces vécus ? En quoi les idéologies étatiques, les politiques publiques, les discours politico-médiatiques s’avèrent structurants à cet égard ?

Ces réflexions sont au cœur de ma thèse de doctorat, soutenue en 2020. Celle-ci se penche, dans une perspective comparative, sur le vécu d’une population très spécifique : des diplômés du supérieur nés (ou arrivés enfants) en France ou au Royaume-Uni de parents originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne.

Il s’agissait notamment de comprendre comment chacun de ces pays appréhende les discriminations raciales et plus spécifiquement comment la mise en œuvre de statistiques ethniques influe sur la capacité des citoyens ordinaires à dénoncer leurs expériences de discrimination.

Un usage des statistiques ethniques institutionnalisé au Royaume-Uni, contrôlé en France

Contrairement à la France, les institutions britanniques, dans une logique multiculturaliste, conçoivent le respect des différences culturelles comme un enjeu public et mobilisent explicitement la notion de race pour lutter contre les inégalités raciales.

L’État britannique, qui élabore de telles politiques dès le milieu des années 1960, s’appuie depuis le recensement de 1991 sur des statistiques ethniques pour mesurer les discriminations raciales, notamment dans différentes institutions publiques comme l’école, la police ou la justice.

Celles-ci sont donc non seulement présentes dans le recensement, mais aussi dans tous les questionnaires d’enquête et les formulaires administratifs que les Britanniques sont amenés à renseigner dans leur quotidien. En outre, ce dispositif s’inspire du concept de racisme institutionnel qui fut certes rapidement mis de côté dans les doctrines officielles mais demeure néanmoins central dans l’espace public britannique aujourd’hui (dans les discours médiatiques, militants et académiques).

La France, quant à elle, ne se saisit de la lutte contre les discriminations qu’à partir des années 1990 et demeure encore très frileuse à l’égard des questions raciales : la dénonciation collective des discriminations s’avère largement illégitime, la mise en œuvre de statistiques ethniques est rigoureusement contrôlée et l’État refuse dans certains cas de reconnaître les discriminations dont il est l’auteur, à l’inverse de son voisin outre-Manche.

Or, ces différences de cadrages concernant les enjeux de race et la lutte contre les discriminations se reflètent dans la façon dont les personnes concernées dénoncent leurs expériences de discrimination, comme en témoignent les diplômés d’ascendance subsaharienne interrogés dans le cadre de ma thèse.

Au Royaume-Uni, des ressources pour dénoncer les discriminations

Au Royaume-Uni, ces Britanniques originaires d’Afrique subsaharienne mobilisent des catégories raciales sans gêne et parlent beaucoup plus spontanément de leurs expériences discriminatoires qu’elles ou ils conçoivent comme un phénomène généralisé, touchant la population noire britannique dans son ensemble.

Or, cette propension à appréhender ces vécus comme un problème public, à politiser cet enjeu, fait clairement écho à la façon dont la lutte contre les discriminations a été mise en œuvre au Royaume-Uni. Plus spécifiquement, ce sont les statistiques ethniques et le concept de racisme institutionnel qui semblent contribuer à cette aisance qu’ont les enquêtés britanniques à dénoncer leurs expériences.

En effet, les personnes interrogées s’appuient explicitement sur ces chiffres et ce concept. Emmanuel, manager britannique de 27 ans, me confie :

« Pour être honnête, les Noirs ont toujours sept fois plus de chances d’être arrêtés que leurs homologues blancs. »

De même, Sadia, Londonienne en recherche d’emploi après un master de droit, affirme :

« Il y a du racisme institutionnel […] les politiques au sein de la police et dans les prisons. Regarde le profil des personnes qui reçoivent des amendes ou des peines. »

Il s’agit en effet de deux ressources qui confèrent des connaissances empiriques et théoriques sur les discriminations. Les chiffres apportent des preuves factuelles révélant le caractère généralisé du problème. Le concept de racisme institutionnel, explicitement mentionné par la moitié des personnes interrogées au Royaume-Uni, offre quant à lui une clé de lecture pour appréhender le caractère structurel des discriminations raciales ainsi que la façon dont elles s’incarnent dans le fonctionnement même des institutions.

C’est pour l’essentiel face à trois institutions publiques – l’école, la police, la justice – et dans le cadre de l’emploi qu’émergent ces références aux statistiques ethniques et au racisme institutionnel dans les propos des Britanniques interrogés.

En France, une délicate dénonciation des discriminations

À l’inverse, dans un contexte hexagonal, aveugle à la race sur le plan institutionnel, les Français interrogés apparaissent souvent plus hésitants à rapporter des expériences discriminatoires ou à identifier une injustice comme relevant d’une discrimination raciale. Et même lorsque les enquêtés interprètent un évènement comme discriminatoire, celui-ci fait souvent l’objet d’une minimisation ou d’une banalisation.

On le perçoit notamment dans les propos de Sédar, commercial francilien de 32 ans, quand je lui demande s’il a déjà fait l’objet de contrôles policiers :

« Non, je n’y ai jamais été confronté. Peut-être une fois, mais c’était moi et mon frère, on marchait dans la rue et on correspondait à une description […]. Il y a peut-être un petit abus de pouvoir de temps en temps. »

En outre, les diplômés interrogés dans l’hexagone peinent à concevoir les discriminations comme un enjeu politique et collectif. Celui-ci est plutôt perçu comme étant le fruit de préjugés individuels s’incarnant dans des interactions ponctuelles et isolées.

À l’inverse des Britanniques, les Français semblent manquer de ressources pour envisager les discriminations comme un phénomène structurel. Elles et ils sont peu nombreux à mentionner l’existence de chiffres ou de dispositifs de lutte contre les discriminations. Par ailleurs, le concept de racisme institutionnel est largement absent des entretiens réalisés en France.

Une dénonciation collective dans certaines circonstances

Toutefois, dans le contexte hexagonal, les discriminations peuvent parfois faire l’objet d’une dénonciation collective, d’une politisation, mais seulement dans certains cas de figure : tout d’abord, c’est dans la sphère de l’emploi – secteur qui a d’ailleurs été la priorité des politiques de lutte contre les discriminations et sur lequel il y a le plus de données chiffrées sur le sujet – que les Français s’avèrent le plus enclins à politiser leurs expériences de discrimination.

De même, une capacité à politiser les discriminations raciales apparaît chez des profils spécifiques d’enquêtés qui ont pour particularité d’avoir acquis des connaissances sur le racisme grâce à une exposition aux sciences sociales, à des milieux militants ou encore à de longs séjours dans des pays anglo-saxons.

Cette recherche met ainsi en lumière l’effet de la quantification des discriminations raciales sur la capacité des personnes discriminées à politiser leur vécu, c’est-à-dire à concevoir les préjudices subis comme un enjeu politique. Pourtant, les statistiques ethniques sont encore aujourd’hui l’objet d’importantes réticences de la part des pouvoirs publics en France. Malgré ces freins, plusieurs initiatives clés, telles que les enquêtes TeO1 et TeO2 (respectivement menées en 2008 et 2020 par l’Ined et l’Insee, celles-ci interrogent les trajectoires des immigrés et de leurs descendants en France), arrivent à voir le jour, contribuant à nourrir des connaissances essentielles à la lutte contre les discriminations raciales en France.

Elodie Druez, Post-doctorante, sciences politiques, Université de Strasbourg

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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LGBTQ

« Panafricain & Gay » : « je ne suis pas là pour prendre en otage le panafricanisme avec des revendications LGBT, ni créer des divisions »

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« Panafricain & Gay » , un titre suffisamment provocateur pour attirer l’attention sur la toile. Sur le compte Instagram derrière ces deux mots, des revendications, des phrases chocs, des citations et des photos de couples d’hommes noirs repostées. Nous avons échangé avec l’auteur du compte en ligne pour comprendre sa démarche.

Pourquoi avoir créé ce compte et l’avoir nommé « Panafricain & Gay » ?

L’éveil de ma conscience noire est récent. Mais avant cela, je me posais déjà des questions sur l’histoire des Noirs, leur identité, leur condition dans ce monde, etc… Par curiosité, j’ai donc commencé à regarder des émissions, vidéos sur YouTube présentées par des panafricains connus et moins connus. Certains d’entre eux, ainsi que la plupart de leurs abonnés, tenaient des discours très homophobes alors que ce n’était même pas parfois le sujet des vidéos. Etant moi-même homosexuel, cela m’a profondément choqué à l’époque. On parlait des homosexuels comme des chiens, des sous-merdes. En gros pour ces gens, on ne peut pas être noir et homosexuel, et encore moins homosexuel et panafricain, parce que l’homosexualité serait exclusivement et foncièrement d’origine occidentale. En réaction à ce déchaînement des passions contre les homosexuels, j’ai donc crée ce compte. Le pseudo est provocateur, c’est fait exprès. Il fallait que je pousse les gens à s’interroger sur la compatibilité ou non de l’homosexualité avec le panafricanisme. Quand j’ai commencé à intervenir dans les chats panafricains avec ce pseudo, j’ai reçu des messages violents, haineux, on m’a même bloqué. Mais je m’y attendais. 

Après quelque temps, j’ai donc décidé de créer une page Instagram pour parler de moi, de la manière dont je me définis, dire aux gens publiquement qu’on peut être Noir, gay et panafricain. Le panafricanisme concerne tous les noirs, peu importe leur sexualité, pour peu que ces noirs soient conscients des enjeux de ce mouvement. Je suis Noir ,c’est ce qu’on voit en premier, je subis aussi la négrophobie comme tous les autres Noirs. Je ne vois pas en quoi ma sexualité m’empêcherait de m’intéresser aux problématiques qui touchent les noirs. La sexualité n’est pas liée à une origine ou à un pays. Mais, ma couleur de peau me lie nécessairement au continent noir, au peuple noir, à son histoire.

Quelle est ta position vis-à-vis de la communauté noire LGBTQ ? L’approche « panafricaine » diffère-t-elle des combats qui ont été menés jusqu’ici ?

Selon moi, peut-être que je me trompe, la communauté noire LGBTQ ici en Europe n’est pas encore assez structurée contrairement à ce que l’on peut voir aux USA où la communauté noire LGBTQ est bien organisée avec une culture gay noire américaine. Je pense que cela est dû à l’histoire des Etats-Unis et à son passé esclavagiste qui a poussé les noirs américains à être solidaires et communautaires. Et la communauté LGBTQ qui est une minorité dans cette minorité s’organise aussi de la même manière. Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà très bien. Peut-être que les LGBTQ noirs en Europe devraient s’en inspirer de manière durable. Cela dit, j’ai vu qu’en Grande-Bretagne on prenait ce chemin tout doucement.

Je suis évidemment pour une acceptation, une tolérance des homosexuels au sens large dans les pays africains et les communautés noires en général, et au sens strict pour une acceptation des noirs homosexuels qui sont panafricains ou pro-noirs conscients, au sein des mouvements panafricains. Le panafricanisme n’est pas une lubie. C’est sérieux. Maintenant par rapport au lien avec l’homosexualité, à terme je souhaiterais que les noirs homosexuels panafricains se définissent grâce à un nouveau paradigme africain et ne plus se contenter d’être une pâle copie de ce qui se fait dans la culture gay mainstream occidentale. Je respecte le mouvement LGBTQ européen, il a mené et remporté de nombreuses batailles, mais ce n’est pas une secte à laquelle on doit  absolument se soumettre sur tous les sujets et concepts qu’il défend. Ce paradigme africain de l’homosexualité autour duquel les noirs gays panafricains se réuniraient, pourrait consister par exemple, à trouver une nouvelle dénomination africaine de l’homosexualité, à établir des valeurs sur la base desquelles se construiraient les relations homosexuelles, à déterminer des formes d’interaction avec les autres membres de la communauté noire, etc… 

Que penses-tu de l’idée souvent avancée selon laquelle l’homosexualité ne s’inscrit pas dans les mœurs africaines ?

L’homosexualité a toujours existé, et ce depuis la nuit des temps, partout sur cette terre. Non, l’Afrique n’a pas fait exception à cela, n’en déplaise à certains excités. Maintenant ,il est vrai que les noirs sont pour la plupart amnésiques de leur histoire dans presque tous ses aspects. Mais ce n’est pas de leur faute: on ne se remet pas aussi facilement des siècles d’esclavage et de colonisation. On nous a imposé une histoire réécrite, souvent falsifiée à laquelle on s’est identifié pendant des siècles, et on le fait encore aujourd’hui. En plus, avec les religions et les codes pénaux hérités de nos oppresseurs historiques, ça n’aide pas du tout. Il faut aussi noter que la plupart des sources de l’histoire africaine ou des histoires africaines sont orales donc ça peut causer quelques difficultés par rapport à une reconstitution complète des faits historiques. Cela dit, selon certains chercheurs du continent et de la diaspora, l’homosexualité était une réalité historique en Afrique, et pas une mode ou « maladie » venue de l’Occident. On peut citer par exemple Charles Gueboguo qui a écrit un article édifiant à ce sujet intitulé « L’homosexualité en Afrique: sens et variations d’hier à nos jours », on peut le trouver sur internet et le télécharger gratuitement. Cet article nous apprend que l’homosexualité en Afrique n’a jamais été un mythe, même si cela s’inscrivait dans un paradigme différent de celui qu’on connait aujourd’hui en Occident. Il nous apprend même l’existence de termes africains désignant l’homosexualité, comme par exemple: chez les Wahiwé en Angola, les homosexuels étaient appelées « omututa » ou « eponji »; chez les Haoussas du nord, on les appelle « dan kashili »; dans la côte Est africaine en kiswahili on dit « shoga »,etc…

L’homosexualité est encore condamnée dans la majorité des pays Africains. Vivre à l’étranger facilite-t-il ta démarche ?

En Afrique subsaharienne 28 pays sur 49 disposent de législations Interdisant ou réprimant l’homosexualité. Quelques pays ont dépénalisé les relations homosexuelles: Gabon, Mali, Afrique du Sud, République Démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Lesotho, Angola, Mozambique, les Seychelles et le Botswana. Manifestement, il y a encore beaucoup de travail à faire. Mais les choses avancent tout doucement et j’espère que l’initiative des pays cités ci-dessus fera tache d’huile dans le reste du continent. Même si ces initiatives sont à féliciter, les populations africaines restent encore majoritairement hostiles à l’homosexualité. Donc oui, vivre en Europe facilite ma démarche et je suis moins exposé au danger que si je vivais en Afrique. Je salue d’ailleurs les homosexuels qui se battent là-bas pour leurs droits. Je les trouve courageux. Il est dommage qu’un homosexuel se sente plus en sécurité dans un autre pays que dans son propre pays. Les autorités africaines doivent protéger toute vie humaine, les lynchages et les persécutions des homosexuels doivent cesser.

Tu prônes le « black love » (le fait de sortir exclusivement avec des partenaires noirs). Dans les faits, est-ce si simple de le mettre en pratique lorsqu’on est minoritaire dans une minorité et de surcroit invisibilisé ?

Le Black Love nous vient de nos frères et sœurs noirs américains, et comme je l’ai dit plus haut, ils ont réussi à former une communauté solidaire sur plusieurs aspects, notamment l’amour exclusif entre noirs. En Europe, le Black Love est très récent dans la communauté noire hétérosexuelle, et pas très encore répandue dans la communauté noire homosexuelle. Raison pour laquelle, ma page Instagram est aussi un moyen de promouvoir le Black Gay Love, parce que l’unité d’un peuple, d’un groupe passe aussi par l’amour entre ses membres. A mon avis, les noirs homosexuels en Europe et d’ailleurs devraient en faire un principe fondamental. Maintenant, ce n’est pas facile comme vous l’avez dit dans les faits de le mettre en pratique, parce que la plupart des noirs gays sont discrets, n’ont pas encore fait leur coming out (ndla: Révélation publique par une personne de son homosexualité), ont honte de leur sexualité, mènent une double vie, se mettent parfois en couple mixte pour « s’élever » socialement, etc… Par ailleurs, peut-être que je me trompe, mais il n’existe pas encore une forte communauté noire homosexuelle qui s’assume comme telle, que ce soit en France, Belgique, etc… En tout cas, elle est moins importante que celle des USA. C’est une chose sur laquelle on devrait travailler. Vive le Black Gay Love!

Le mouvement panafricaniste est vaste, quels sont selon toi, les principaux enjeux et axes de réflexion ?

Je suis pas un panafricain chevronné, je suis encore en phase d’apprentissage. Mais oui, le panafricanisme est un vaste sujet, très complexe. Il est né en dehors de l’Afrique, dans la diaspora noire et c’est ce qui rend ce mouvement encore plus extraordinaire, plus spécial pour nous les noirs. Des descendants de noirs déportés et réduits en esclavage dans les Amériques ont nourri, construit et même concrétisé le projet de former une union des noirs du continent et de la diaspora. C’est absolument formidable! A mon humble avis, l’économie est très importante parce que sans argent dans ce monde on n’est rien, on n’influence aucune politique, on ne promeut pas efficacement nos cultures, l’éducation, on reste toujours dans la position de celui qui demande à manger à la table des autres. On doit s’émanciper du regard de l’autre. Cela fait partie de la désaliénation, se rééduquer mentalement ,restaurer notre estime de soi, notre amour propre, cultiver une fierté de soi. Cette rééducation du peuple noir s’appelle l’Afrothérapie, concept qui vient une fois de plus de nos frères des USA. C’est incontournable selon moi, peut-même plus important que l’économie. Parce que ça ne sert à rien d’avoir des sous si on voit l’autre comme étant supérieur à nous, ou alors de voir l’autre comme notre sauveur. Par autre, j’entends ceux qui nous ont dominés historiquement et, qui nous dominent encore aujourd’hui. Sortir de cet esclavage mental va nous permettre de construire une communauté noire très forte, dépasser nos différences tribales, de se voir et agir comme un seul bloc.

Depuis le lancement de ton compte, as-tu déjà été confronté à de l’homophobie et à des réactions hostiles ? Comment gères-tu cela ?

Depuis le lancement de mon compte, j’ai reçu et continue de recevoir des messages, commentaires homophobes, parce que selon certaines personnes je souille le panafricanisme avec mon homosexualité, elles me disent que je veux créer une division au sein du panafricanisme. Une peur que je peux comprendre, parce que la communauté noire a tellement de problèmes(identitaires, économiques, sociaux…), et beaucoup de choses y sont encore en chantier. Je tiens à préciser une chose: je ne suis pas là pour prendre en otage le panafricanisme avec des revendications LGBT, ni créer des divisions. Pas du tout! Comment je gère cela? Je ne fais plus trop attention à ça, je me moque d’eux ou alors je ne réponds plus à ce genre de messages. Je m’y attendais de toute façon, et cela ne m’empêche pas de dormir. Elles ne sont pas nombreuses, mais il y a des personnes avec une conscience panafricaine qui sont tolérantes et avec lesquelles j’ai eu une conversation intelligente. Il faut qu’il y’ait plus de personnes pro-noires ou panafricaines comme Huey P. Newton, cofondateur du Black Panther Party qui était ouvert à l’acceptation des homosexuels dans le mouvement, parce que selon lui les homosexuels pouvaient être plus révolutionnaires que certaines personnes, mais aussi parce que les homosexuels n’étaient pas les ennemis du peuple.

L’homosexualité dans la communauté noire reste encore très taboue. Que faut-il selon toi pour faire évoluer les choses ?

 Effectivement,c’est une question taboue dans notre communauté.Comme je l’ai dit précédemment,cette hostilité vient des siècles d’esclavage et de colonisation qui nous ont rendus très intolérants par rapport à l’homosexualité.Maintenant,les faits sont là et on doit faire avec.Selon moi,il faut sensibiliser en doucueur,à travers l’éducation,la communauté noire sur la question,inviter les gens à assister à des espaces de discussion sur le sujet,donner une image positive de l’homosexualité dans le sens où il faut faire comprendre aux gens que c’est avant tout une question d’attirance et d’amour entre deux personnes de même sexe et qu’on peut être épanoui dans une telle relation. Pourquoi je dis en douceur?Parce que les problèmes liés à la communauté noire sont encore en chantier comme je l’ai dit plus haut,qu’ils soient identitaires ou économiques, et c’est une question qui braque facilement les gens.En plus de ça Les noirs étant majoritairement très croyants,spirituels,ça n’aide pas vraiment…Qui doit organiser cette sensibilisation? Les politiques,pour un plus grand impact,doivent avoir le courage de s’emparer positivement et intelligemment de la question,et parce que sans les politiques peu d’initiatives peuvent se concrétiser sur le terrain;les enseignants,le personnel de la santé; et pourquoi pas des religieux,tolérants bien sûr.La communauté noire hétérosexuelle et la communauté noire homosexuelle ne doivent pas s’opposer,elles doivent se donner la main. Ça va prendre du temps,mais les choses bougent tout doucement.Donc il y a de l’espoir.

Que conseillerais-tu à des jeunes hommes et femmes homosexuel.le.s qui souhaitent s’engager mais craignent que leur orientation ne créé des divergences ?

S’ils ont de vraies convictions panafricaines, qu’ils ont à cœur l’Afrique Noire et sa diaspora, alors ils peuvent militer. Ils le feront pour leurs ancêtres, leurs frères, sœurs, parents, neveux, cousins ,cousines, etc… Le panafricanisme dépasse notre sexualité, nos obédiences religieuses, nos tribus. En plus de ça, ce n’est pas l’homosexualité qui est responsable de tous les problèmes qui gangrènent la communauté noire depuis des siècles. Ces jeunes personnes peuvent agir individuellement dans des secteurs qui leur plaisent (culture, collecte de vêtements, distribution de repas, aide administrative, etc…),intégrer des mouvements panafricains/pro-noirs pour agir collectivement. Je tiens à redire une chose: lorsqu’on est un noir homosexuel et qu’on intègre un mouvement panafricain, c’e n’est pas une occasion pour prendre en otage un tel mouvement avec des revendications LGBTQ, ou de créer des divisions. Si des jeunes homosexuels souhaitent s’engager dans ce genre de mouvement, ils devront montrer patte blanche en rassurant les membres ou fondateurs qu’ils ne cherchent pas de division, qu’ils ne sont le bras armé, ni le cheval de Troie de personne. Et ces mouvements panafricains qui accepteraient des homosexuels en leur sein devront créer des garde-fous contre des actes homophobes, une sorte de charte de tolérance.

Allez, puisqu’on en est à parler d’attirance, as-tu des crush panafricains ? Quels sont tes critères ?

Les hommes panafricains/pro-noirs que je trouve mignons ne sont pas très connus. Et ceux qui sont connus…bah je ne vais pas citer leurs noms ici, je ne veux pas qu’on me tape pardon(rires).Par contre des hommes noirs connus que je trouve sexy qui me viennent comme ça à l’esprit: Teddy Riner, Jonathan Majors, Asafa Powell, Lawrence Fishburne, etc…Mes critères? Je les aime virils, drôles, entreprenants, attentionnés, humbles, avec de la conversation, fidèles, câlins et surtout panafricains ou pro-noirs. Trop de critères?(Rires).

Retrouvez le compte « Panafricain & Gay » sur Instagram : https://www.instagram.com/panafricain_et_gay/

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