Connect with us

Société

Peut-on être à la fois « Africain » et « Français » ?

Publié

le

Chéri Samba, On est tous pareils, 2020, acrylique et paillettes sur toile, 205 x 185 cm. © Copitet - Courtesy galerie Magnin-A, Paris

Au lendemain de la coupe du monde de football, Trevor Noah, le présentateur sud-africain du talk-show étatsunien The Daily Showcélébrait la « victoire africaine » de la France. La réponse que lui avait alors opposé Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, avait été abondamment commentée.

Les échanges qui suivirent entre les deux hommes révélèrent la persistance et la prégnance d’un malaise français concernant la reconnaissance des sentiments communautaires de minorités, notamment lorsque ces sentiments se fondent sur la couleur ou la race.

La « race » est ici bien sûr entendue comme « race sociale » ; l’humanité a été historiquement catégorisée sur la base de critères physiques et culturels non-scientifiques durant l’histoire coloniale. Ces catégories continuent néanmoins à avoir un impact politique, culturel et social (racisme, discrimination et sentiments d’appartenance) qu’analysent historiens, sociologues et ethno-anthropologues.

La question de la place de communautés ethnico-raciales au sein de la République française ne se limite pas uniquement à des rapports de domination mais s’articule également avec des logiques d’auto-identification subjectives. En l’occurrence, les propos de Trevor Noah questionnent plus précisément la possibilité de concilier deux sentiments d’appartenance : l’un qu’il qualifie d’ africain et l’autre français.

Ce qu’être « noir » signifie

Les manières dont s’exprime un sentiment d’appartenance noir ou africain ne peuvent pas être d’emblée disqualifiées comme du communautarisme ou du racisme mortifères qui causent forcément des divisions et des tensions.

Il existe bien certaines tendances radicales qui renversent le discours raciste pour affirmer une supériorité noire. Néanmoins, la célébration de la noirceur est surtout l’expression d’une quête de fierté dans des contextes sociaux et culturels où, y compris en France (outre-mer et dans l’hexagone), un complexe d’infériorité s’est durablement enkysté dans les mentalités.

Ce complexe s’explique notamment par le fait que l’utilisation du terme « noir », pour désigner un individu ou des populations, est héritée de l’histoire de la colonisation de l’Afrique, des traites négrières et des esclavages.

Il en est de même pour les représentations souvent dévalorisantes du continent africain et des cultures et individus qui lui sont plus ou moins directement liés généalogiquement. En dépit de l’existence d’élites et de royaumes africains connus des Européens avec lesquels ils échangent au moins de puis le XVe siècle, l’image d’un continent arriéré sur le plan technique et culturel et d’hommes et de femmes noir·e·s aux aptitudes physiques inversement proportionnelles à leur capacité intellectuelle se sont imposées.

Et ce y compris dans les tendances négrophiles manifestées notamment dans l’entre-deux-guerres en France et aux États-Unis exaltant la créativité, la jovialité et la sensualité « africaines ».

Josephine Baker est emblématique de la période où « jovialité » et « sensualité » exotiques sont mises en avant pendant l’entre-deux guerres

Inverser le stigmate

En réponse à ce racisme, dans une logique d’inversion du stigmate, des consciences noires se sont ainsi construites essentiellement sur le désir de revaloriser une identité négative, assignée à travers les histoires coloniales. Le mouvement de la Négritude incarnée notamment par Aimé Césaire en est l’un des plus beaux exemples. S’il a existé des relations entre populations, communautés et ensembles politiques africains bien avant la colonisation européenne, il n’est pas excessif de considérer que l’idée d’unité africaine naît en réponse à la domination et émane d’ailleurs souvent des descendants de captifs africains réduits en esclavage dans les Amériques.

À Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Jamaïque ou encore à l’île de la Réunion, pour ce qui concerne l’Océan indien, à travers des révoltes d’esclaves, la constitution de populations d’esclaves fugitifs ou encore de la création, d’institutions communautaires telles que la National Association for the Advancement of Colored People, des identités noires en références parfois directe au continent africain se sont construites de manière métonymique (références bibliques à l’Éthiopie) ou en en lien avec les ancêtres.

C’est le cas du rastafarisme ou par exemple du mouvement plus récent de redéfinition d’une identité Akan (Ghana) dans certains réseaux noirs états-uniens.

Quatre des militants les plus actifs de la NAACP, brandissant un poster contre l’état du Mississippi en 1956 (Henry L. Moon, Roy Wilkins, Herbert Hill, Thurgood Marshall). Library of Congress/Wikimedia

Aussi bien le racisme anti-noir que certaines doctrines qui visent à le combattre en affirmant une identité noire ou africaine reposent sur un essentialisme théoriquement et politiquement problématique.

Essentialisme « noir »

Certaines théories afrocentristes ou panafricaines telles que celle de l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop, visent ainsi tout autant à réhabiliter ce que les politiques et théories esclavagistes et coloniales ont contribué à dénigrer qu’à affirmer la grandeur d’une « race » ou d’une « civilisation africaine ».

Ainsi, loin de se limiter aux populations du continent, la catégorie d’« Africain » est employée par des citoyens de pays européens, américains ou caribéens afin de revendiquer cette identité primordiale.

Certains mouvements noirs plus radicaux et minoritaires ont même parfois cherché et cherchent encore à subvertir et inverser le discours eurocentré pour définir l’Afrique (parfois nommée Kemet en référence à l’Égypte antique) comme l’origine de la civilisation humaine et les « Africains », au sens large, comme supérieurs aux Blancs ou Européens sur les plans culturels et biologiques.

Toutefois comme toute doctrine politique ou religieuse, il convient d’analyser les manières dont ceux qui y souscrivent en viennent à adhérer à de tels postulats.

L’essayiste polémique Kemi Seba en interview à Bamako en juillet 2017. Il a co-fondé notamment l’organisation Tribu Ka, dissoute en France par décret pour incitation à la haine raciale. Boubs Sidibe/WikimediaCC BY-NC

Attribuer du sens via l’afrocentrisme

Sans nécessairement souscrire à des théories racialistes aussi radicales, certaines femmes et hommes estiment que leur attachement génétique, généalogique ou spirituel à l’Afrique constitue une part essentielle de leur identité. Ils trouvent à travers l’afrocentrisme un moyen de valoriser à tout prix l’Afrique et les populations noires.

Cela se produit dans des contextes où ces personnes et communautés peinent à trouver des sources d’identification positives. Comme l’avait déjà signalé Frantz Fanon, il s’avère en réalité impossible de retrouver une essence pure d’avant la colonisation.

Ce type de bricolage sert précisément à attribuer du sens à des trajectoires personnelles et communautaires diasporiques conflictuelles et complexes. C’est, selon un libraire du Quartier Latin, le cas de nombre de jeunes noirs et métis qui, en l’absence d’une transmission culturelle par le biais de leurs parents, semblent particulièrement friands d’écrits afrocentristes radicaux.

En dépit des similitudes que révèlent les expériences communes des personnes d’ascendance africaine, compte tenu de la pluralité et de la diversité des expériences noires et africaines, les contours de la conscience africaine s’avèrent ainsi beaucoup plus flous et labiles qu’il n’y paraît.

Le souci de revalorisation se retrouve chez bien des personnes identifiées et s’identifiant comme noires ou africaines qui n’adhèrent pas aux postulats (modérés ou plus radicaux) de l’afrocentrisme.

Les propos de Trevor Noah sur l’équipe de France de football tout comme son engouement manifeste pour le film Black Panthers (partagé à l’échelle planétaire notamment au sein des populations noires), montrent plutôt à quel point les personnes africaines, d’ascendances africaines (ou qui, à défaut d’endosser cette identité, se la voit assigner du fait de leur type physique) sont avides de modèles d’identification positifs.

En creux, cela révèle également, plus de 65 ans après la publication de Peau noire, masques blancs de Franz Fanon, à quel point un sentiment d’infériorité continue à être ressenti.

Ce sentiment demeure plus ou moins largement partagé mais il ne s’enracine pas pour autant dans une conscience communautaire forte et univoque. Outre le fait, et c’est là une évidence, que les personnes et populations perçues ou se définissant comme noires ou africaines diffèrent entre elles sur bien des points, la « conscience noire » qu’elles partagent ne les empêche nullement par ailleurs de se différencier elles-mêmes, dans certains contextes, sur la base de critères nationaux, ethniques, de classe sociale voire encore de race et de couleur.

Portrait du psychiatre Frantz Fanon (1925-1961)

Se défaire des implicites raciaux

Lorsque l’on est conscient des ressorts théoriques de certains mouvements noirs, il est tout à fait légitime de s’interroger sur les issues attendues de ceux qui se focalisent sur l’exaltation d’une identité primordiale africaine au soubassement parfois racialistes.

Et tout comme le présentateur Trevor Noah, on peut néanmoins tout autant se questionner sur ce que signifie le refus absolu d’entendre le désir de faire reconnaître une spécificité alors que les considérations liées à la couleur et à la race façonnent les relations sociales de multiples façons.

Certes, a contrario, les modèles multiculturalistes britanniques, étatsuniens ou canadiens peuvent entraîner une exacerbation du racial qui débouche potentiellement sur une reconnaissance plus ou moins solide des différences ethnico-raciales tout en minimisant voire occultant les mécanismes d’exclusion de nature sociale.

Néanmoins, en Angleterre par exemple, la reconnaissance d’une présence et d’une identité noire ne s’est pas faite au détriment de l’identité nationale britannique.

En dépit de la mobilisation de codes afrocentristes, une diversité d’expériences coloniales, postcoloniales, de migration, de réussites et d’épreuves difficiles ont, tant bien que mal, été intégrées au récit national.

La France et l’Angleterre ayant chacune leur histoire propre, il est bien sûr impossible de calquer sans les adapter aux réalités françaises ce type de politiques. Il s’avère néanmoins, en tout état de cause, qu’il est bien possible de trouver une manière originale de concilier sentiment d’appartenance noir ou africain, d’une part, et citoyenneté/nationalité européenne, de l’autre.

La question se pose donc de savoir selon quelles modalités cela pourrait se produire en France. Une partie du processus consistera nécessairement à se défaire des implicites raciaux derrières les catégories d’africain (« noir ») et de français (« blanc »). La condition d’autres minorités, notamment celles s’identifiant comme arabes ou musulmanes (ou encore à qui une telle identité est assignée de manière fantasmagorique) devra également être prise en compte.

Ary Gordien, Anthropologue, postdoctorant, Cercle de Recherche sur le Racisme et l’Antisémitisme (Paris 8), enseignant, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Lire La Suite
Commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

GIPHY App Key not set. Please check settings

Société

Pourquoi l’amour noir est important pour moi

Publié

le

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler de mes expériences et des expériences d’autres personnes autour de moi dans le domaine de l’amour noir. Il est important de faire une mise en garde.

Je n’essaie en aucun cas de dénigrer les couples mixtes, les couples qui ne sont pas noirs ou quoi que ce soit de ce genre. Il est important de savoir que l’amour est l’amour, peu importe la personne que vous choisissez d’aimer et peu importe sa couleur, sa race ou sa forme. Ce billet a pour but d’informer sur le concept des inégalités de l’amour noir et sur la façon dont il a été historiquement discriminé dans de nombreux domaines de la vie par le racisme et le colorisme qui nous affectent encore aujourd’hui. Mon point de vue porte principalement sur celui des femmes noires, car je suis une femme noire et j’ai dû faire face à de nombreuses situations. On dit que les expériences façonnent l’homme et la femme. Je crois qu’avant toute chose, nous devrions encourager l’amour noir et non le faire respecter.

1. Pour la transmission de la culture

L’une des principales raisons pour lesquelles l’amour noir est important est sa capacité à transmettre la culture et les traditions. L’une des choses les plus importantes que je regrette ou que j’aurais aimé qu’on m’enseigne dans mon enfance est ma langue maternelle. Mes parents sont originaires du Sénégal, mais je me suis aussi sentie un peu déconnectée de cette culture parce que je suis incapable de parler le Wolof, leur langue maternelle. À bien des égards, j’ai l’impression que, parce que je ne connais pas la langue, j’ai moins de chances d’être avec quelqu’un qui la parle ; dans un effort pour repousser d’une certaine manière la honte que je ressens et, à bien des égards, j’ai l’impression que cela façonne et influence inconsciemment la façon dont je choisis de sortir avec quelqu’un et la façon dont je vois l’amour noir. Pour les gens comme moi, ceux qui ne parlent pas leur langue ou ceux qui ne se sentent pas très liés à leur culture pour une raison ou une autre, il est important de transmettre ce que l’on sait, qu’il s’agisse de recettes, de vêtements ou de la langue. Ce sens du nationalisme, ce sens de l’individualisme, cette négritude que nous avons tous est idéalement unique et doit être partagée. Souvent, notre culture est blanchie et changée dans un effort pour être assimilée à la culture française. Cette croyance que nous devrions tout perdre dans un effort pour devenir de vrais français est quelque chose qui devrait être combattu. Parce qu’en partageant les histoires d’amour entre Noirs, nous contribuons à créer un changement dans la façon dont nous sommes dépeints et compris par le monde.

2. Des espaces de rencontre pour les femmes noires

L’amour noir est essentiel aujourd’hui plus que jamais car nous sommes à une époque où le colorisme et les tensions liées au racisme sont dans tous les esprits. Le fait est que dans la société occidentale dans laquelle nous vivons, les femmes noires ne sont pas désirables. Il ne s’agit pas d’une question d’opinion, de jalousie ou de dépit, mais de statistiques et de faits. OkCupid, une application de rencontre populaire, a mené une étude sur les préférences et l’historique de ses utilisateurs et a découvert que les femmes noires étaient les moins désirables parmi toutes les ethnies et races. Cela signifie qu’elles (les femmes noires) ont reçu le moins de swipes que toute autre race. En tant que femme à la peau foncée, je souffre d’entendre d’autres personnes ou hommes noirs insulter des femmes qui ont la même couleur de peau qu’eux. Perpétuer un récit de haine de soi basé sur la croyance que la peau claire est meilleure. Être victime d’une pléthore de stéréotypes faux et durs selon lesquels les femmes noires sont masculines, laides et bruyantes. Lorsque nous plaçons l’amour noir en premier, lorsque nous plaçons le véritable amour noir au-dessus de tout, nous ouvrons les yeux sur le fait que nous sommes tous des personnes et que personne ne devrait haïr quelqu’un uniquement à cause de la couleur de sa peau.

3. La longévité


La dernière raison pour laquelle nous devrions promouvoir l’amour noir est la longévité à . Selon l’enquête 2018 de Motherly Study of Motherhood,  » les mères noires sont quatre fois plus susceptibles d’être célibataires et d’être le soutien de famille de leur foyer.  » Je pense que c’est mon point le plus important avant tout. En prenant les mesures et les procédures pour encourager l’amour noir, nous l’aidons à survivre à long terme. Lorsque vous brisez une famille, dans la plupart des cas, vous introduisez la pauvreté, vous introduisez la lutte, vous introduisez la douleur, et en encourageant l’amour noir et en encourageant les relations de travail, nous créons une nouvelle perspective pour nous-mêmes.

Lire La Suite

Société

Interdiction des statistiques ethniques en France : un frein à la dénonciation collective des discriminations raciales ?

Publié

le

Elodie Druez, Université de Strasbourg

France Inter a récemment révélé le résultat d’un « testing » réalisé par l’association SOS Racisme auprès d’un panel de 69 agences d’intérim franciliennes dans le domaine du BTP : 45 % d’entre elles acceptent ainsi de discriminer les travailleurs étrangers ou de « type non européen ». Si cette enquête contribue à évaluer l’ampleur des discriminations raciales en France, leur mesure reste encore un sujet tabou dans les débats publics, malgré la multiplication des études visant à quantifier les discriminations au cours de ces dernières années.

Interroger le cas français à l’aune de son voisin britannique

En effet, l’État français, marqué par sa tradition républicaine et assimilationniste, récuse la prise en compte des spécificités individuelles et se présente, en principe, comme aveugle à la race (comme construction sociale, au sens sociologique du terme).

Une telle approche interroge. En quoi ce principe « d’indifférence aux différences » influe sur la façon dont les premiers concernés perçoivent et mettent en récit ces vécus ? En quoi les idéologies étatiques, les politiques publiques, les discours politico-médiatiques s’avèrent structurants à cet égard ?

Ces réflexions sont au cœur de ma thèse de doctorat, soutenue en 2020. Celle-ci se penche, dans une perspective comparative, sur le vécu d’une population très spécifique : des diplômés du supérieur nés (ou arrivés enfants) en France ou au Royaume-Uni de parents originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne.

Il s’agissait notamment de comprendre comment chacun de ces pays appréhende les discriminations raciales et plus spécifiquement comment la mise en œuvre de statistiques ethniques influe sur la capacité des citoyens ordinaires à dénoncer leurs expériences de discrimination.

Un usage des statistiques ethniques institutionnalisé au Royaume-Uni, contrôlé en France

Contrairement à la France, les institutions britanniques, dans une logique multiculturaliste, conçoivent le respect des différences culturelles comme un enjeu public et mobilisent explicitement la notion de race pour lutter contre les inégalités raciales.

L’État britannique, qui élabore de telles politiques dès le milieu des années 1960, s’appuie depuis le recensement de 1991 sur des statistiques ethniques pour mesurer les discriminations raciales, notamment dans différentes institutions publiques comme l’école, la police ou la justice.

Celles-ci sont donc non seulement présentes dans le recensement, mais aussi dans tous les questionnaires d’enquête et les formulaires administratifs que les Britanniques sont amenés à renseigner dans leur quotidien. En outre, ce dispositif s’inspire du concept de racisme institutionnel qui fut certes rapidement mis de côté dans les doctrines officielles mais demeure néanmoins central dans l’espace public britannique aujourd’hui (dans les discours médiatiques, militants et académiques).

La France, quant à elle, ne se saisit de la lutte contre les discriminations qu’à partir des années 1990 et demeure encore très frileuse à l’égard des questions raciales : la dénonciation collective des discriminations s’avère largement illégitime, la mise en œuvre de statistiques ethniques est rigoureusement contrôlée et l’État refuse dans certains cas de reconnaître les discriminations dont il est l’auteur, à l’inverse de son voisin outre-Manche.

Or, ces différences de cadrages concernant les enjeux de race et la lutte contre les discriminations se reflètent dans la façon dont les personnes concernées dénoncent leurs expériences de discrimination, comme en témoignent les diplômés d’ascendance subsaharienne interrogés dans le cadre de ma thèse.

Au Royaume-Uni, des ressources pour dénoncer les discriminations

Au Royaume-Uni, ces Britanniques originaires d’Afrique subsaharienne mobilisent des catégories raciales sans gêne et parlent beaucoup plus spontanément de leurs expériences discriminatoires qu’elles ou ils conçoivent comme un phénomène généralisé, touchant la population noire britannique dans son ensemble.

Or, cette propension à appréhender ces vécus comme un problème public, à politiser cet enjeu, fait clairement écho à la façon dont la lutte contre les discriminations a été mise en œuvre au Royaume-Uni. Plus spécifiquement, ce sont les statistiques ethniques et le concept de racisme institutionnel qui semblent contribuer à cette aisance qu’ont les enquêtés britanniques à dénoncer leurs expériences.

En effet, les personnes interrogées s’appuient explicitement sur ces chiffres et ce concept. Emmanuel, manager britannique de 27 ans, me confie :

« Pour être honnête, les Noirs ont toujours sept fois plus de chances d’être arrêtés que leurs homologues blancs. »

De même, Sadia, Londonienne en recherche d’emploi après un master de droit, affirme :

« Il y a du racisme institutionnel […] les politiques au sein de la police et dans les prisons. Regarde le profil des personnes qui reçoivent des amendes ou des peines. »

Il s’agit en effet de deux ressources qui confèrent des connaissances empiriques et théoriques sur les discriminations. Les chiffres apportent des preuves factuelles révélant le caractère généralisé du problème. Le concept de racisme institutionnel, explicitement mentionné par la moitié des personnes interrogées au Royaume-Uni, offre quant à lui une clé de lecture pour appréhender le caractère structurel des discriminations raciales ainsi que la façon dont elles s’incarnent dans le fonctionnement même des institutions.

C’est pour l’essentiel face à trois institutions publiques – l’école, la police, la justice – et dans le cadre de l’emploi qu’émergent ces références aux statistiques ethniques et au racisme institutionnel dans les propos des Britanniques interrogés.

En France, une délicate dénonciation des discriminations

À l’inverse, dans un contexte hexagonal, aveugle à la race sur le plan institutionnel, les Français interrogés apparaissent souvent plus hésitants à rapporter des expériences discriminatoires ou à identifier une injustice comme relevant d’une discrimination raciale. Et même lorsque les enquêtés interprètent un évènement comme discriminatoire, celui-ci fait souvent l’objet d’une minimisation ou d’une banalisation.

On le perçoit notamment dans les propos de Sédar, commercial francilien de 32 ans, quand je lui demande s’il a déjà fait l’objet de contrôles policiers :

« Non, je n’y ai jamais été confronté. Peut-être une fois, mais c’était moi et mon frère, on marchait dans la rue et on correspondait à une description […]. Il y a peut-être un petit abus de pouvoir de temps en temps. »

En outre, les diplômés interrogés dans l’hexagone peinent à concevoir les discriminations comme un enjeu politique et collectif. Celui-ci est plutôt perçu comme étant le fruit de préjugés individuels s’incarnant dans des interactions ponctuelles et isolées.

À l’inverse des Britanniques, les Français semblent manquer de ressources pour envisager les discriminations comme un phénomène structurel. Elles et ils sont peu nombreux à mentionner l’existence de chiffres ou de dispositifs de lutte contre les discriminations. Par ailleurs, le concept de racisme institutionnel est largement absent des entretiens réalisés en France.

Une dénonciation collective dans certaines circonstances

Toutefois, dans le contexte hexagonal, les discriminations peuvent parfois faire l’objet d’une dénonciation collective, d’une politisation, mais seulement dans certains cas de figure : tout d’abord, c’est dans la sphère de l’emploi – secteur qui a d’ailleurs été la priorité des politiques de lutte contre les discriminations et sur lequel il y a le plus de données chiffrées sur le sujet – que les Français s’avèrent le plus enclins à politiser leurs expériences de discrimination.

De même, une capacité à politiser les discriminations raciales apparaît chez des profils spécifiques d’enquêtés qui ont pour particularité d’avoir acquis des connaissances sur le racisme grâce à une exposition aux sciences sociales, à des milieux militants ou encore à de longs séjours dans des pays anglo-saxons.

Cette recherche met ainsi en lumière l’effet de la quantification des discriminations raciales sur la capacité des personnes discriminées à politiser leur vécu, c’est-à-dire à concevoir les préjudices subis comme un enjeu politique. Pourtant, les statistiques ethniques sont encore aujourd’hui l’objet d’importantes réticences de la part des pouvoirs publics en France. Malgré ces freins, plusieurs initiatives clés, telles que les enquêtes TeO1 et TeO2 (respectivement menées en 2008 et 2020 par l’Ined et l’Insee, celles-ci interrogent les trajectoires des immigrés et de leurs descendants en France), arrivent à voir le jour, contribuant à nourrir des connaissances essentielles à la lutte contre les discriminations raciales en France.

Elodie Druez, Post-doctorante, sciences politiques, Université de Strasbourg

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Lire La Suite

LGBTQ

« Panafricain & Gay » : « je ne suis pas là pour prendre en otage le panafricanisme avec des revendications LGBT, ni créer des divisions »

Publié

le

« Panafricain & Gay » , un titre suffisamment provocateur pour attirer l’attention sur la toile. Sur le compte Instagram derrière ces deux mots, des revendications, des phrases chocs, des citations et des photos de couples d’hommes noirs repostées. Nous avons échangé avec l’auteur du compte en ligne pour comprendre sa démarche.

Pourquoi avoir créé ce compte et l’avoir nommé « Panafricain & Gay » ?

L’éveil de ma conscience noire est récent. Mais avant cela, je me posais déjà des questions sur l’histoire des Noirs, leur identité, leur condition dans ce monde, etc… Par curiosité, j’ai donc commencé à regarder des émissions, vidéos sur YouTube présentées par des panafricains connus et moins connus. Certains d’entre eux, ainsi que la plupart de leurs abonnés, tenaient des discours très homophobes alors que ce n’était même pas parfois le sujet des vidéos. Etant moi-même homosexuel, cela m’a profondément choqué à l’époque. On parlait des homosexuels comme des chiens, des sous-merdes. En gros pour ces gens, on ne peut pas être noir et homosexuel, et encore moins homosexuel et panafricain, parce que l’homosexualité serait exclusivement et foncièrement d’origine occidentale. En réaction à ce déchaînement des passions contre les homosexuels, j’ai donc crée ce compte. Le pseudo est provocateur, c’est fait exprès. Il fallait que je pousse les gens à s’interroger sur la compatibilité ou non de l’homosexualité avec le panafricanisme. Quand j’ai commencé à intervenir dans les chats panafricains avec ce pseudo, j’ai reçu des messages violents, haineux, on m’a même bloqué. Mais je m’y attendais. 

Après quelque temps, j’ai donc décidé de créer une page Instagram pour parler de moi, de la manière dont je me définis, dire aux gens publiquement qu’on peut être Noir, gay et panafricain. Le panafricanisme concerne tous les noirs, peu importe leur sexualité, pour peu que ces noirs soient conscients des enjeux de ce mouvement. Je suis Noir ,c’est ce qu’on voit en premier, je subis aussi la négrophobie comme tous les autres Noirs. Je ne vois pas en quoi ma sexualité m’empêcherait de m’intéresser aux problématiques qui touchent les noirs. La sexualité n’est pas liée à une origine ou à un pays. Mais, ma couleur de peau me lie nécessairement au continent noir, au peuple noir, à son histoire.

Quelle est ta position vis-à-vis de la communauté noire LGBTQ ? L’approche « panafricaine » diffère-t-elle des combats qui ont été menés jusqu’ici ?

Selon moi, peut-être que je me trompe, la communauté noire LGBTQ ici en Europe n’est pas encore assez structurée contrairement à ce que l’on peut voir aux USA où la communauté noire LGBTQ est bien organisée avec une culture gay noire américaine. Je pense que cela est dû à l’histoire des Etats-Unis et à son passé esclavagiste qui a poussé les noirs américains à être solidaires et communautaires. Et la communauté LGBTQ qui est une minorité dans cette minorité s’organise aussi de la même manière. Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà très bien. Peut-être que les LGBTQ noirs en Europe devraient s’en inspirer de manière durable. Cela dit, j’ai vu qu’en Grande-Bretagne on prenait ce chemin tout doucement.

Je suis évidemment pour une acceptation, une tolérance des homosexuels au sens large dans les pays africains et les communautés noires en général, et au sens strict pour une acceptation des noirs homosexuels qui sont panafricains ou pro-noirs conscients, au sein des mouvements panafricains. Le panafricanisme n’est pas une lubie. C’est sérieux. Maintenant par rapport au lien avec l’homosexualité, à terme je souhaiterais que les noirs homosexuels panafricains se définissent grâce à un nouveau paradigme africain et ne plus se contenter d’être une pâle copie de ce qui se fait dans la culture gay mainstream occidentale. Je respecte le mouvement LGBTQ européen, il a mené et remporté de nombreuses batailles, mais ce n’est pas une secte à laquelle on doit  absolument se soumettre sur tous les sujets et concepts qu’il défend. Ce paradigme africain de l’homosexualité autour duquel les noirs gays panafricains se réuniraient, pourrait consister par exemple, à trouver une nouvelle dénomination africaine de l’homosexualité, à établir des valeurs sur la base desquelles se construiraient les relations homosexuelles, à déterminer des formes d’interaction avec les autres membres de la communauté noire, etc… 

Que penses-tu de l’idée souvent avancée selon laquelle l’homosexualité ne s’inscrit pas dans les mœurs africaines ?

L’homosexualité a toujours existé, et ce depuis la nuit des temps, partout sur cette terre. Non, l’Afrique n’a pas fait exception à cela, n’en déplaise à certains excités. Maintenant ,il est vrai que les noirs sont pour la plupart amnésiques de leur histoire dans presque tous ses aspects. Mais ce n’est pas de leur faute: on ne se remet pas aussi facilement des siècles d’esclavage et de colonisation. On nous a imposé une histoire réécrite, souvent falsifiée à laquelle on s’est identifié pendant des siècles, et on le fait encore aujourd’hui. En plus, avec les religions et les codes pénaux hérités de nos oppresseurs historiques, ça n’aide pas du tout. Il faut aussi noter que la plupart des sources de l’histoire africaine ou des histoires africaines sont orales donc ça peut causer quelques difficultés par rapport à une reconstitution complète des faits historiques. Cela dit, selon certains chercheurs du continent et de la diaspora, l’homosexualité était une réalité historique en Afrique, et pas une mode ou « maladie » venue de l’Occident. On peut citer par exemple Charles Gueboguo qui a écrit un article édifiant à ce sujet intitulé « L’homosexualité en Afrique: sens et variations d’hier à nos jours », on peut le trouver sur internet et le télécharger gratuitement. Cet article nous apprend que l’homosexualité en Afrique n’a jamais été un mythe, même si cela s’inscrivait dans un paradigme différent de celui qu’on connait aujourd’hui en Occident. Il nous apprend même l’existence de termes africains désignant l’homosexualité, comme par exemple: chez les Wahiwé en Angola, les homosexuels étaient appelées « omututa » ou « eponji »; chez les Haoussas du nord, on les appelle « dan kashili »; dans la côte Est africaine en kiswahili on dit « shoga »,etc…

L’homosexualité est encore condamnée dans la majorité des pays Africains. Vivre à l’étranger facilite-t-il ta démarche ?

En Afrique subsaharienne 28 pays sur 49 disposent de législations Interdisant ou réprimant l’homosexualité. Quelques pays ont dépénalisé les relations homosexuelles: Gabon, Mali, Afrique du Sud, République Démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Lesotho, Angola, Mozambique, les Seychelles et le Botswana. Manifestement, il y a encore beaucoup de travail à faire. Mais les choses avancent tout doucement et j’espère que l’initiative des pays cités ci-dessus fera tache d’huile dans le reste du continent. Même si ces initiatives sont à féliciter, les populations africaines restent encore majoritairement hostiles à l’homosexualité. Donc oui, vivre en Europe facilite ma démarche et je suis moins exposé au danger que si je vivais en Afrique. Je salue d’ailleurs les homosexuels qui se battent là-bas pour leurs droits. Je les trouve courageux. Il est dommage qu’un homosexuel se sente plus en sécurité dans un autre pays que dans son propre pays. Les autorités africaines doivent protéger toute vie humaine, les lynchages et les persécutions des homosexuels doivent cesser.

Tu prônes le « black love » (le fait de sortir exclusivement avec des partenaires noirs). Dans les faits, est-ce si simple de le mettre en pratique lorsqu’on est minoritaire dans une minorité et de surcroit invisibilisé ?

Le Black Love nous vient de nos frères et sœurs noirs américains, et comme je l’ai dit plus haut, ils ont réussi à former une communauté solidaire sur plusieurs aspects, notamment l’amour exclusif entre noirs. En Europe, le Black Love est très récent dans la communauté noire hétérosexuelle, et pas très encore répandue dans la communauté noire homosexuelle. Raison pour laquelle, ma page Instagram est aussi un moyen de promouvoir le Black Gay Love, parce que l’unité d’un peuple, d’un groupe passe aussi par l’amour entre ses membres. A mon avis, les noirs homosexuels en Europe et d’ailleurs devraient en faire un principe fondamental. Maintenant, ce n’est pas facile comme vous l’avez dit dans les faits de le mettre en pratique, parce que la plupart des noirs gays sont discrets, n’ont pas encore fait leur coming out (ndla: Révélation publique par une personne de son homosexualité), ont honte de leur sexualité, mènent une double vie, se mettent parfois en couple mixte pour « s’élever » socialement, etc… Par ailleurs, peut-être que je me trompe, mais il n’existe pas encore une forte communauté noire homosexuelle qui s’assume comme telle, que ce soit en France, Belgique, etc… En tout cas, elle est moins importante que celle des USA. C’est une chose sur laquelle on devrait travailler. Vive le Black Gay Love!

Le mouvement panafricaniste est vaste, quels sont selon toi, les principaux enjeux et axes de réflexion ?

Je suis pas un panafricain chevronné, je suis encore en phase d’apprentissage. Mais oui, le panafricanisme est un vaste sujet, très complexe. Il est né en dehors de l’Afrique, dans la diaspora noire et c’est ce qui rend ce mouvement encore plus extraordinaire, plus spécial pour nous les noirs. Des descendants de noirs déportés et réduits en esclavage dans les Amériques ont nourri, construit et même concrétisé le projet de former une union des noirs du continent et de la diaspora. C’est absolument formidable! A mon humble avis, l’économie est très importante parce que sans argent dans ce monde on n’est rien, on n’influence aucune politique, on ne promeut pas efficacement nos cultures, l’éducation, on reste toujours dans la position de celui qui demande à manger à la table des autres. On doit s’émanciper du regard de l’autre. Cela fait partie de la désaliénation, se rééduquer mentalement ,restaurer notre estime de soi, notre amour propre, cultiver une fierté de soi. Cette rééducation du peuple noir s’appelle l’Afrothérapie, concept qui vient une fois de plus de nos frères des USA. C’est incontournable selon moi, peut-même plus important que l’économie. Parce que ça ne sert à rien d’avoir des sous si on voit l’autre comme étant supérieur à nous, ou alors de voir l’autre comme notre sauveur. Par autre, j’entends ceux qui nous ont dominés historiquement et, qui nous dominent encore aujourd’hui. Sortir de cet esclavage mental va nous permettre de construire une communauté noire très forte, dépasser nos différences tribales, de se voir et agir comme un seul bloc.

Depuis le lancement de ton compte, as-tu déjà été confronté à de l’homophobie et à des réactions hostiles ? Comment gères-tu cela ?

Depuis le lancement de mon compte, j’ai reçu et continue de recevoir des messages, commentaires homophobes, parce que selon certaines personnes je souille le panafricanisme avec mon homosexualité, elles me disent que je veux créer une division au sein du panafricanisme. Une peur que je peux comprendre, parce que la communauté noire a tellement de problèmes(identitaires, économiques, sociaux…), et beaucoup de choses y sont encore en chantier. Je tiens à préciser une chose: je ne suis pas là pour prendre en otage le panafricanisme avec des revendications LGBT, ni créer des divisions. Pas du tout! Comment je gère cela? Je ne fais plus trop attention à ça, je me moque d’eux ou alors je ne réponds plus à ce genre de messages. Je m’y attendais de toute façon, et cela ne m’empêche pas de dormir. Elles ne sont pas nombreuses, mais il y a des personnes avec une conscience panafricaine qui sont tolérantes et avec lesquelles j’ai eu une conversation intelligente. Il faut qu’il y’ait plus de personnes pro-noires ou panafricaines comme Huey P. Newton, cofondateur du Black Panther Party qui était ouvert à l’acceptation des homosexuels dans le mouvement, parce que selon lui les homosexuels pouvaient être plus révolutionnaires que certaines personnes, mais aussi parce que les homosexuels n’étaient pas les ennemis du peuple.

L’homosexualité dans la communauté noire reste encore très taboue. Que faut-il selon toi pour faire évoluer les choses ?

 Effectivement,c’est une question taboue dans notre communauté.Comme je l’ai dit précédemment,cette hostilité vient des siècles d’esclavage et de colonisation qui nous ont rendus très intolérants par rapport à l’homosexualité.Maintenant,les faits sont là et on doit faire avec.Selon moi,il faut sensibiliser en doucueur,à travers l’éducation,la communauté noire sur la question,inviter les gens à assister à des espaces de discussion sur le sujet,donner une image positive de l’homosexualité dans le sens où il faut faire comprendre aux gens que c’est avant tout une question d’attirance et d’amour entre deux personnes de même sexe et qu’on peut être épanoui dans une telle relation. Pourquoi je dis en douceur?Parce que les problèmes liés à la communauté noire sont encore en chantier comme je l’ai dit plus haut,qu’ils soient identitaires ou économiques, et c’est une question qui braque facilement les gens.En plus de ça Les noirs étant majoritairement très croyants,spirituels,ça n’aide pas vraiment…Qui doit organiser cette sensibilisation? Les politiques,pour un plus grand impact,doivent avoir le courage de s’emparer positivement et intelligemment de la question,et parce que sans les politiques peu d’initiatives peuvent se concrétiser sur le terrain;les enseignants,le personnel de la santé; et pourquoi pas des religieux,tolérants bien sûr.La communauté noire hétérosexuelle et la communauté noire homosexuelle ne doivent pas s’opposer,elles doivent se donner la main. Ça va prendre du temps,mais les choses bougent tout doucement.Donc il y a de l’espoir.

Que conseillerais-tu à des jeunes hommes et femmes homosexuel.le.s qui souhaitent s’engager mais craignent que leur orientation ne créé des divergences ?

S’ils ont de vraies convictions panafricaines, qu’ils ont à cœur l’Afrique Noire et sa diaspora, alors ils peuvent militer. Ils le feront pour leurs ancêtres, leurs frères, sœurs, parents, neveux, cousins ,cousines, etc… Le panafricanisme dépasse notre sexualité, nos obédiences religieuses, nos tribus. En plus de ça, ce n’est pas l’homosexualité qui est responsable de tous les problèmes qui gangrènent la communauté noire depuis des siècles. Ces jeunes personnes peuvent agir individuellement dans des secteurs qui leur plaisent (culture, collecte de vêtements, distribution de repas, aide administrative, etc…),intégrer des mouvements panafricains/pro-noirs pour agir collectivement. Je tiens à redire une chose: lorsqu’on est un noir homosexuel et qu’on intègre un mouvement panafricain, c’e n’est pas une occasion pour prendre en otage un tel mouvement avec des revendications LGBTQ, ou de créer des divisions. Si des jeunes homosexuels souhaitent s’engager dans ce genre de mouvement, ils devront montrer patte blanche en rassurant les membres ou fondateurs qu’ils ne cherchent pas de division, qu’ils ne sont le bras armé, ni le cheval de Troie de personne. Et ces mouvements panafricains qui accepteraient des homosexuels en leur sein devront créer des garde-fous contre des actes homophobes, une sorte de charte de tolérance.

Allez, puisqu’on en est à parler d’attirance, as-tu des crush panafricains ? Quels sont tes critères ?

Les hommes panafricains/pro-noirs que je trouve mignons ne sont pas très connus. Et ceux qui sont connus…bah je ne vais pas citer leurs noms ici, je ne veux pas qu’on me tape pardon(rires).Par contre des hommes noirs connus que je trouve sexy qui me viennent comme ça à l’esprit: Teddy Riner, Jonathan Majors, Asafa Powell, Lawrence Fishburne, etc…Mes critères? Je les aime virils, drôles, entreprenants, attentionnés, humbles, avec de la conversation, fidèles, câlins et surtout panafricains ou pro-noirs. Trop de critères?(Rires).

Retrouvez le compte « Panafricain & Gay » sur Instagram : https://www.instagram.com/panafricain_et_gay/

Lire La Suite

A la Une

Copyright © 2021 WYAT par Afropolis. Tous droits réservés.