Connect with us

Histoire

Quand les femmes noires allaitaient des nouveaux-nés blancs durant la période de l’esclavage

Publié

le

Le commerce des esclaves présentait de nombreux avantages pour les sociétés occidentales. La tâche principale d’un esclave était de travailler dans les plantations en augmentant la productivité. Les esclaves travaillaient souvent de longues heures au soleil sans salaire ni récompense pour leur dur labeur. Leur présence a rendu les commerçants et les propriétaires de plantations plus productifs et a rendu leurs conditions de vie très difficiles.

Après un certain temps, les devoirs des esclaves se sont alors étendus au travail domestique et les esclaves féminines sont devenues de grande valeur. En plus de leurs tâches de plantation, de nombreuses femmes esclaves ont été emmenées chez leurs maîtres pour servir leurs maîtresses, faire la cuisine, les nettoyer et les laver. Si une maîtresse avait trop d’enfants, la travailleuse domestique devait l’aider à prendre soin des enfants. Après un certain temps, les femmes esclaves ont été amenées à remplacer les femmes de bas niveau payées pour allaiter leurs bébés.

Au 17ème siècle, l’allaitement par les esclaves était devenu très populaire en Europe. La pratique a rapidement atteint l’Amérique par le biais des colons britanniques.

Cet agissement était une excuse pour beaucoup de mères blanches afin d’éviter l’allaitement maternel dans l’espoir de maintenir leur stature et d’éviter la partie « compliquée » de la maternité. L’acte était perçu comme une auto-dégradation et les femmes qui avaient été vues en train d’allaiter étaient souvent considérées comme non cultivées, pauvres et souvent rejetées. La pratique est devenue très populaire lorsque les médecins de l’époque ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour prouver que l’allaitement était un acte malsain pour les femmes. Certains avancent que les médecins recevaient d’énormes sommes d’argent pour rédiger de tels rapports.

Les enfants des esclaves grandissaient en bonne santé tandis que de nombreuses familles blanches perdaient leurs enfants en raison de problèmes de santé. Cela a poussé beaucoup d’occidentaux à forcer les mères esclaves à allaiter leurs enfants blancs afin qu’ils puissent mieux se développer et survivre aux premiers mois de l’enfance.

Au 18ème siècle, la tendance était devenue très populaire.

Une fois qu’une mère esclave avait un enfant, elle était rapidement assignée à une maîtresse blanche et forcée d’allaiter son bébé au lieu du sien.

Les femmes esclaves jeunes et en bonne santé étaient également obligées d’allaiter des bébés blancs après que les médecins aient découvert que la succion continue d’un sein féminin sexuellement actif pouvait entraîner une lactation (Sécrétion et écoulement du lait).

Alors qu’elles allaitaient les bébés blancs au détriment des leurs, les mères esclaves essayaient de garder leurs enfants en vie en les nourrissant de concoctions qu’elles pensaient être de bons substituts au lait. Elles donnaient également du lait de vache et de l’eau sale qui ne convenait bien évidemment pas à la santé des bébés. Cela a entraîné de nombreux décès de bébés d’esclaves pendant la traite négrière.

Au pic de la demande de l’allaitement forcé, les marchands d’esclaves kidnappaient souvent les nouveau-nés des mères esclaves. La douleur à la poitrine ne laissait à ces femmes d’autre choix que d’allaiter d’autres nourrissons qui étaient bien souvent blancs. Certaines esclaves réticentes ont été battues et traites comme des vaches pour nourrir des bébés blancs.

Les mères esclaves gardaient souvent les nourrissons blancs chez elles jusqu’à ce que la famille de l’enfant estime qu’il était temps de les reprendre. Les conditions de vie des esclaves n’étant pas les meilleures, plusieurs bébés blancs sont morts. En spéculant que les mères esclaves tuaient les bébés par dépit, elles ont ensuite été forcées d’emménager avec la famille où elles pouvaient être surveillées.

Les nourrices esclaves étaient rejetées par leurs maris, en particulier après la mort de leur propre enfant. Une des autres conséquences de cette pratique était que les maîtres d’esclaves et leurs fils avaient des relations avec des femmes esclaves, ce qui entraînait une augmentation des naissances de bébés métis.

La pratique a commencé à disparaître après que les esclaves aient lentement retrouvé leur liberté. La plupart des nourrices étaient sauvées par leurs familles ou leurs amants qui achetaient leur liberté.

Quelques femmes afro-américaines ont continué à allaiter après l’abolition de l’esclavage. Bien qu’elles aient été continuellement découragées, elles faisaient le travail en secret et gagnaient plus que des esclaves libérés et les majordomes. On les appelait souvent des prostituées ou femmes sans vergogne.

Lire La Suite
Commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

GIPHY App Key not set. Please check settings

Histoire

Auto-essentialisation : quand Joséphine Baker retournait le racisme contre elle-même

Publié

le

Dans ce court extrait de Princesse Tam Tam (1935), le réalisateur français Edmond Gréville met en scène l’artiste franco-américaine Joséphine Baker (1906-1975). Au son du tam-tam, des maracas, du gong et du guiro, des instruments symbolisant un certain exotisme, elle exécute, pour un public européen, une danse censée évoquer l’ailleurs lointain. Ne pouvant résister au rythme des instruments, l’actrice se précipite sur scène en se débarrassant de ses vêtements pour se livrer, pieds nus, à des mouvements corporels de pas glissés, de déhanchements, d’ondulations, de sauts qui invitent le spectateur à faire un rapprochement avec les danses africaines, la couleur de peau de Joséphine Baker accentuant fortement cette suggestion.

Cette scène, associée à d’autres comme en particulier la célèbre « banana dance » qui colle à la peau de l’actrice, achève de cantonner cette dernière dans un rôle d’incarnation des stéréotypes véhiculés sur le corps de la femme noire, stéréotypes qui ont gouverné l’imaginaire colonial et qui peuvent parfois surgir dans l’actualité relative aux problématiques raciales.


À lire aussi : « Les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales »


Au lieu de se défaire du regard érotisé et sauvage porté par les Européens sur la femme noire à son époque, Joséphine Baker semble se jouer des stéréotypes et parvenir à se les approprier dans un jeu de paradoxes oscillant entre acceptation et détournement des représentations imaginaires européennes.

Une auto-essentialisation assumée ?

La carrière de danseuse de Joséphine Baker est le lieu où l’actrice exprime de manière probante ce rapport paradoxal aux stéréotypes. En exhibant à travers la danse un corps érotisé et en assumant des gestes reçus comme « sauvages », elle a construit sa carrière artistique autour de ce qu’elle représente et ce qu’elle est : une femme noire incarnant les stéréotypes véhiculés à cette époque en Europe. Cette démarche d’auto-essentialisation, c’est-à-dire la tendance de l’actrice à se réduire elle-même à l’idée stéréotypée que l’on se fait de la femme noire et de son corps, traduit la volonté de Joséphine Baker de se conformer aux attentes du public européen en quête d’exotisme.

En effet, le contexte de l’entre-deux-guerres, qui a vu l’arrivée de l’Américaine en France en 1925 est propice à la célébration de l’exotisme, à la recherche du pittoresque attaché aux civilisations extraeuropéennes. Cette tendance que l’on peut faire remonter plus tôt dans l’histoire de l’Europe (XVIIe siècle), se traduit, entre autres, dans l’entre-deux-guerres par une négrophilie, c’est-à-dire un attrait pour ce qui est « africain ». Dans ce contexte, l’accueil favorable que reçoit Joséphine Baker à son arrivée en France contraste avec ce qu’elle a vécu aux États-Unis. Dans une atmosphère marquée par la ségrégation qui stigmatise de manière sévère la peau noire, elle a peiné, au début des années 1920, à trouver une place dans le milieu de la danse.

Répondre à l’imaginaire colonial

Le contexte français pousse l’actrice à se saisir de l’imaginaire colonial français. La société de cette époque est entraînée par une mode « primitive » qui véhicule comme contre-valeurs des stéréotypes longtemps attachés « aux peuples inférieurs ». Cependant, dans les milieux de l’art où cette expression est la plus palpable, elle se caractérise par un fantasme affiché de retour du « nouveau sauvage ». Joséphine Baker s’en fait l’écho par sa danse dans laquelle se trouvent réunis l’expressivité, la magie, le fétichisme et le naturel caractérisant les peuples dits primitifs.

Noire et Blanche, photographie Man Ray, 1926.

L’actrice semble aller plus loin en conscientisant cet esprit « sauvage ». En se nourrissant des fantasmes et en les transfigurant par le truchement de l’art, elle invente une manière d’assumer cette place dérangeante. Cette position ambiguë lui est reprochée par les intellectuels noirs en particulier Paulette Nardal, qui l’accusent de conforter les stéréotypes usuels sur la femme noire.

Edgar Degas, Miss La La au Cirque Fernando, 1879.

En marge de ses talents de danseuse, l’actrice a trouvé efficace d’assumer sa « sauvagéité » par le biais de la pitrerie volontiers associée, à l’époque, à certains artistes non européens. Elle se joue de cette image « clownesque » pour détourner, par exemple, la banane – symbole par excellence du racisme – en objet de dérision qu’elle agite au nez des spectateurs. Ce faisant, elle s’inscrit dans le sillage de l’artiste acrobate Miss Lala, peinte par Edgar Degas et du clown Chocolat, qui, avant elle, ont connu une postérité en usant à la fois des stéréotypes dont on les affuble et de la dérision comme talents artistiques.

Une question de regards

Au centre du paradoxe de l’auto-essentialisation se trouve la question atavique du regard : le regard que l’on porte sur soi-même et la façon dont on est perçu. https://www.youtube.com/embed/XjHZ_z23BZY?wmode=transparent&start=0

Dans le cas de Joséphine Baker, la manière artistique d’approcher son corps noir – différemment chahuté dans les contextes américains et européens – semble s’inscrire dans un processus de construction de soi. Si le regard de l’autre participe de cette construction, il en interroge les limites. À quel point sommes-nous ce que les autres veulent que nous soyons ?

Si l’actrice assume son appartenance « nègre » en grossissant elle-même les traits qui lui sont accolés dans une démarche que beaucoup qualifient de moderne, les représentations que l’on faisait d’elle ont été différemment reçues selon les milieux. Joséphine Baker a majoritairement amusé le public en le confortant dans ses certitudes stéréotypées. Cependant, dans les milieux intellectuels et avant-gardistes, l’attitude de l’actrice est jugée grotesque et désobligeante.

Le titre évocateur dont elle est affublée aujourd’hui par les médias européens, « Joséphine Baker, première icône noire », repose la question du regard qui accompagne la vie et l’œuvre de l’actrice en Europe.

S’inscrire à la newsletter « Les couleurs du racisme ».

Erick Cakpo, Historien, chercheur, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Lire La Suite

Histoire

Les bibles distribuées aux esclaves « omettaient » (volontairement) des passages pouvant mener au soulèvement

Publié

le

Par

Présentée au Musée de la Bible à Washington DC, une exposition spéciale est centrée sur une rare Bible des années 1800, utilisée par les missionnaires britanniques pour convertir et éduquer les esclaves.

Ce qui est remarquable dans cette Bible, ce n’est pas seulement sa rareté, mais son contenu, ou plutôt son manque de contenu. Cela exclut toute partie du texte qui pourrait inspirer la rébellion ou la libération.

Anthony Schmidt, l’un des conservateurs du musée, déclare que la première version de cette version abrégée a été publiée en 1807.

« Il manque environ 90 % de l’Ancien Testament [et] 50 % du Nouveau Testament », a déclaré Schmidt. « En d’autres termes, il y a 1 189 chapitres dans une Bible protestante standard. Cette Bible n’en contient que 232. »

Selon Schmidt, les passages qui auraient pu provoquer la rébellion ont été supprimés, par exemple :

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. »

Et des vers qui ont renforcé l’institution de l’esclavage, y compris « le plus célèbre vers en faveur de l’esclavage que nombre de personnes en faveur de l’esclavage auraient cité » ont été conservés : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme à Christ. » (Éphésiens 6:5)

« Elle était destinée à être utilisée par les Africains réduits en esclavage dans les Antilles britanniques, des Caraïbes modernes, donc en Jamaïque, à la Barbade et à Antigua », dit-il.

Schmidt avance qu’il y a plusieurs théories derrière l’édition et l’omission d’une grande partie de la Bible standard, mais l’idée principale vient du fait que les agriculteurs des Antilles étaient opposés aux missionnaires qui travaillaient avec les Africains asservis sur leurs terres.

« Cela peut être vu comme une tentative d’apaiser la classe des planteurs en disant : ‘Nous voulons convertir ces Africains mais nous n’allons pas leur apprendre quoi que ce soit qui puisse inciter une rébellion’.»

La Bible a été prêtée par l’Université Fisk de Nashville, dans le Tennessee, et se trouve dans le musée depuis son ouverture en novembre 2017. L’université annonce que trois exemplaires seulement de cette Bible existent, et que celui présenté à Washington est la seule copie aux États-Unis

Toujours selon Schmidt, le musée a décidé de créer l’exposition « La Bible esclave : que l’histoire soit racontée » en raison de l’attention que les visiteurs lui accordaient déjà.

« Depuis le début, les gens ont été choqués de voir cela », a déclaré Schmidt. « Cela a suscité beaucoup d’intérêt. En fait, parmi tous les objets que nous avons exposés ici, c’est probablement le sujet dont ont le plus parlé nos invités. »

Bien que l’exposition raconte l’histoire de la Bible, elle donne également aux gens l’occasion de réfléchir et de réagir au contenu.

« L’un des points forts de l’exposition est que le temps et le lieu déterminent vraiment la manière dont les gens rencontrent la Bible », déclare Schmidt. « Ce que je veux dire par là, c’est que les gens ne regardent pas la Bible, ne s’en approchent pas et ne la lisent pas en vase clos. Ils sont façonnés par leur contexte social et économique. »

Lire La Suite

A la Une

Copyright © 2021 WYAT par Afropolis. Tous droits réservés.